© INTERNEL'Irak est un Etat destructeur, truqueur, menteur et dangereux. C'est en substance la conclusion du dossier très attendu sur l'état de l'armement du régime de Bagdad, publié mardi par le gouvernement britannique. Selon ce texte, établi par les services de renseignements du royaume en collaboration avec les services "amis", le régime de Saddam Hussein poursuit ses efforts pour acquérir l'arme atomique et ses armes chimiques et biologiques constituent une grave menace. tf1.fr vous propose mardi et mercredi une lecture de ce dossier de 50 pages, en commençant par l'histoire récente de l'armement irakien, tel qu'il apparaît de l'aveu des autorités de Bagdad et des renseignements collectés par l'ONU.
Des recherches chimiques et biologiques paralèlles
L'Irak a lancé un programme de recherche sur les armes biologiques et chimiques au début des années 70, souligne en premier lieu le rapport. S'il s'agissait, dans un premier temps, de mener des expérimentations sur le gaz moutarde, le sarin, le tabun et le gaz VX, le régime militaire irakien a bien vite été capable de produire ces agents hautements toxiques sur le mode industriel. Ainsi, au début des années 80, sous couvert de l'Etablissement d'Etat irakien pour la production de pesticide, le site de al-Muthanna, à 70 kilomètres au nord-ouest de Bagdad, pouvait produire au moins 4.000 tonnes d'agents chimiques militaires.
Paralèllement, à 35 kilomètres au sud de Bagdad, l'usine Salman Pak était devenu un important centre de recherche sur des agents biologiques militaires, sous la supervision du docteur Rihab Taha. La production se concentrait alors sur trois agents mortels principaux : la botuline (une substance hautement toxique provoquant dans un délai d'une semaine maximum la mort par suffocation), les aflatoxines (des toxines fongiques cancérigènes, provoquant également de graves malformations aux enfants de femmes enceintes) et le ricin (une substance entraînant des dysfonctionnements organiques et la mort en 48 heures maximum), tout en réservant une place plus discrète à l'anthrax.
Ainsi, relève le rapport britannique, de l'aveu même des autorités irakiennes devant l'ONU, au moment où éclate la Guerre du Golfe en 1991, Bagdad avait produit 19.000 litres de botuline, 8,500 litres d'anthrax, 2.200 litres d'aflatoxines, 2.850 tonnes de gaz moutarde, 210 tonnes de tabun, 795 tonnes de sarin et 3,9 tonnes de VX, tout en continuant de travailler sur d'autres types d'agents. L'inventaire établi par le gouvernement de Saddam Hussein et la Commission spéciale de l'ONU sur le désarmement en 1991 fait état de la disponibilité immédiate de 50 missiles ballistiques chargés d'agents chimiques et 25 chargés d'agents biologiques.
Un programme nucléaire et ballistique officiel
Entre-temps, l'Irak a continué à développer un programme nucléaire initié dans les années 50, avec le soutien de l'Union Soviétique. Le bombardement, en 1981, d'un réacteur nucléaire par l'aviation israélienne, la guerre avec l'Iran et la complexité technologique ont certes ralenti le développement de la recherche. Mais il reste qu'en 1990, l'Irak pouvait déclarer officiellement que son objectif était de produire une tête nucléaire de 20 kilotonnes, soit l'équivalent de la bombe américaine larguée sur Nagasaki en 1945. Les bombardements de la Guerre du Golfe ont stoppé, pour un temps, cette ambition.
Toutefois, afin de porter toutes ces armes sur le terrain ennemi, l'Irak a renforcé le développement des ses fameux missiles SCUDs, rebaptisés al-Hussein, d'une portée de 650 kilomètres, soit suffisamment puissant pour s'abattre sur l'Arabie saoudite, l'Iran, le Caucase, la Turquie, la Syrie, la Jordanie, le Liban, Israël, les territoires palestiniens, l'Egypte ou Chypre.
Mais le plus inquiétant, souligne froidement le rapport, est que le régime de Saddam Hussein n'a pas seulement investi beaucoup d'argent, de savoir-faire et de temps dans toutes ces recherches militaires. Il s'est bel et bien servi de ses armes opérationnelles, notamment en 1988 du gaz moutarde et des agents neurotoxiques contre les Kurdes de Halabja et du sarin contre les Iraniens sur la péninsule al-Fao. Sans parler des 500 SCUDs tirés sur les ennemis chiites iraniens ou des 93 SCUDs tirés sur les villes d'Israël.
Demain, tf1.fr vous proposera la suite de ce rapport, qui démontre notamment comment l'Irak s'est secrètement réarmé, a constamment trompé les inspecteurs de l'ONU et pourquoi, aux yeux des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, un régime militaire comme celui de Saddam Hussein constitue une menace inédite et immédiate.
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