Comment l'Irak s'est secrètement réarmé

Par Léonard VINCENT, le 25 septembre 2002 à 10h41 , mis à jour le 25 septembre 2002 à 10h49

tf1.fr vous propose mardi et mercredi une lecture du dossier britannique sur l'Irak, qui démontre comment l'Irak a reconstitué son arsenal et a trompé les inspecteurs de l'ONU. Et pourquoi son régime constitue une menace inédite et imédiate.

irak grande-bretagne dossier blair page missiles © INTERNE

L'Irak n'est pas une puissance déchue. Reprenant dans l'ordre les quatre domaines de recherche privilégiés de Saddam Hussein (armes chimiques, biologiques, conventionnelles, nucléaires), le rapport britannique publié mardi explore la situation actuelle d'un Irak isolé, contraint, mais toujours guerrier. tf1.fr vous propose mardi et mercredi une lecture de ce dossier de 50 pages, en terminant par la façon dont l'Irak s'est secrètement réarmé après son musèlement post-Guerre du Golfe et comment le régime baasiste a constamment trompé les inspecteurs de l'ONU. Et pourquoi, aux yeux des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, un régime militaire comme celui de Saddam Hussein constitue une menace inédite et immédiate.

Depuis 1998, le réarmement et le système du "double usage"

Première partie

"Comment l'Irak a constitué son arsenal"
L'histoire d'un vaste programme d'armement, développé sous le regard impassible de la communauté internationale.
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Le rapport souligne notamment que, non seulement l'Irak n'a pas détruit ou laissé detruire son armement chimique et biologique après la Guerre du Golfe, comme convenu avec l'ONU, mais que Bagdad a continué à produire des agents toxiques. Et si le gouvernement irakien assurait que les stocks chimiques produits avant la guerre n'avaient pas été détruits, ceux-ci s'étaient tout de même considérablement détériorés. Or, souligne le rapport, l'UNSCOM a pu examiner en 1997 des stocks de gaz moutarde produits avant 1991 et qui demeuraient extrêmement toxiques. En outre, ajoute le texte, l'Irak n'a jamais produit de preuve significative démontrant qu'il avait détruit ses autres stocks. De surcroît, Bagdad n'a jamais pu expliquer la différence entre le volume important des composants chimiques officiellement détenus par l'Irak et le faible volume d'anthrax officiellement produit.

En réalité, poursuit le rapport, l'Irak a continué de produire des agents chimiques dans plusieurs sites qui avaient été détruits ou démantelés par la Guerre du Golfe ou l'UNSCOM, mais qui ont été reconstruits ou reconvertis après le départ des inspecteurs de l'ONU. Entre autres astuces utilisées par le gouvernement de Saddam Hussein, il s'agit de produire séparement les agents "précurseurs" des armes chimiques, sous couvert de l'usage civil que l'on peut également en faire. Cet habile masquage est baptisé par le rapport le "double usage" ("dual-use"). A titre d'exemple, le site de Fallujah 2, près d'Habbaniyah, produit du chlore et du phénol, utilisés à la fois par l'industrie pharmaceutique et comme éléments "précurseurs" d'armements non-conventionnels.

Une bombe nucléaire en cinq ans maximum

Mais c'est à la mi-2001, selon le rapport, que le Joint Intelligence Committee (JIC), un groupe de travail rendant compte au Premier ministre et qui réunit l'essentiel du renseignement britannique, s'alarme du fait que l'Irak a continué sa recherche nucléaire après le départ de l'UNSCOM. Les rapports indiquaient alors que Bagdad s'efforçait de produire sur son sol de l'uranium enrichi, en s'appuyant sur la production à "double usage". Paralèllement, des agents irakiens ont, selon le rapport, acheté des "quantités importantes" d'uranium sur le marché noir africain, notamment dans l'ex-Zaïre où un journaliste du Monde s'était vu proposer l'année dernière une "barre" d'uranium de contrebande.

Un peu partout, note encore le rapport, l'Irak a tenté d'acheter illégalement des éléments permettant d'édifier une structure industrielle nucléaire, comme des pompes à vide, une ligne de production d'aimants, etc. Ces éléments font dire au rapport britannique que l'Irak pourrait, dans l'état actuel, c'est à dire sans détenir de matériau fissile, produire une arme nucléaire dans les cinq ans. Et s'il obtenait aujourd'hui de tels matériaux, le délai de production serait réduit à un ou deux ans, alors que les capacités ballistiques de l'Irak sont encore puissantes.

Car Bagdad n'a pas inventorié ou détruit tous ses missiles, ni réduit la portée de ceux qui sont encore opérationnels à 150 kilomètres, comme convenu avec l'ONU. Entre 1998 et nos jours, la recherche irakienne a, selon le texte britannique, cherché à augmenter la portée de ses missiles jusqu'à 1.200 kilomètres, c'est à dire jusqu'aux stations britanniques de Chypre, aux bases de l'OTAN en Turquie et jusqu'au territoire européen, en atteignant les Cyclades de l'est ou la Crète.

Un système de financement de grande envergure

Enfin, explique le dossier, cette recherche et cette production clandestines n'ont pas été financées par les deniers officiels de l'Etat baasiste. Il est désormais notoire que le système permettant d'apporter de l'argent discret au régime s'appuyait sur les faiblesses du programme de l'ONU "Pétrole contre nourriture" et sur les formidables réserves d'or noir de l'Irak. En exportant du pétrole de contrebande, avec souvent la complicité d'Etat également soumis à des sanctions comme, à l'époque, la Yougoslavie de Milosevic, l'Iran ou la Libye, Saddam Hussein s'est assuré d'importantes liquidités pour lui-même et son entourage, mais également pour son programme de recherche militaire. tf1.fr avait en son temps rendu compte de l'arraisonnement de pétroliers, parfois russes, parfois panaméens, chargés de pétrole irakien, qui longeaient les côtes iraniennes pour se rendre dans le sud du Golfe, loin de la vigilance de la marine américaine.

Les impossibles inspections de l'ONU

Entre autres mises en garde contre le peu de volonté des Irakiens à collaborer avec l'ONU, le rapport britannique note plusieurs cas d'intimidations à l'encontre des experts de l'Agence internationale à l'Energie atomique (AIEA) ou des inspecteurs de l'UNSCOM. Juin 1991 : des soldats tirent en l'air devant les experts de l'AIEA pour les empêcher de saisir du matériel nucléaire. Septembre 1991 : des officiels retiennent les experts de l'AIEA quatre jours durant sur un parking, en leur interdisant de quitter un site avec des documents sur le programme nucléaire irakien. Octobre 1991 : le gouvernement irakien déclare les inspections "illégales". Refus d'une visite de l'UNSCOM au ministère de l'Agriculture, alors que les inspecteurs soupçonnaient ses archives de contenir des documents liés à des activités illégales. Menaces à l'encontre des agents de l'UNSCOM restés à l'extérieur. 1991-1992 : l'Irak interdit à l'UNSCOM d'utiliser ses propres hélicoptères et de définir ses routes de vol. Janvier 1993 : refus à l'UNSCOM d'utiliser son propre avion pour se déplacer en Irak. Juin-Juillet 1993 : refus de laisser l'UNSCOM installer des caméras de surveillance sur deux sites de missiles. Juin 1997 : menaces sur un hélicoptère de l'UNSCOM. Octobre 1997 : l'Irak exige le retrait de l'UNSCOM et l'arrêt du survol de son territoire par des avions-espions U2. Septembre 1997 : flagrant délit de destruction de documents sur l'armement de destruction massive irakien.

Par Léonard VINCENT le 25 septembre 2002 à 10:41
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