© INTERNE![]() Shimon Peres écoutant le discours - DR |
Il a choisi de se placer sur le terrain de la loi internationale, mettant l'ONU face à ses responsabilités alors que l'Irak de Saddam Hussein, selon lui, n'a respecté aucun de ses engagements. Il a énoncé toutes les résolutions violées par Bagdad depuis 1990, toutes les promesses non tenues, tous les engagements jamais appliqués.
Sombre portrait
Il a dressé un sombre portrait de Saddam Hussein, affirmant qu'il avait détourné le maigre argent glané par l'Irak sous le régime de sanctions qui prévaut depuis la Guerre du Golfe pour développer des armes de destruction massive ou construire des palais pour ses proches, et non pour nourrir son peuple. Cupide, hostile et déloyal, accusant l'ONU d'être responsable des crimes qu'il commet lui-même : le raïs irakien et son régime doivent, selon George W. Bush, être désarmés. "Si le régime irakien souhaite la paix, a-t-il lancé, il faut que, de manière immédiate et inconditionnelle, il détruise toutes ses armes de destruction massive et cesse tout soutien au terrorisme, comme doivent le faire tous les pays au titre des résolutions des Nations unies." Il a enfin assuré que Bagdad pourrait, entre autres, posséder une bombe atomique en un an s'il parvenait à se procurer des matières fissiles et qu'un certain nombre de combattants d'al-Qaïda avait fui l'Afghanistan pour trouver refuge en Irak.
![]() Les délégués irakiens - DR |
Dans le grand amphithéâtre en marbre vert de l'Assemblée générale, les délégués irakiens sont restés impassibles. L'un écoutait, du fond de son fauteuil, l'air défiant, l'autre prenait des notes. A la fin du discours du président américain, tandis que l'assemblée applaudissait, ils sont restés immobiles, échangeant simplement un regard. Quelques minutes plus tard, Bagdad a donné sa réponse,
via la télévision : "Le fait de lancer une telle agression mettra le feu dans la région et s'il est allumé, ce feu détruira tout sur son passage et personne ne sera en mesure de l'éteindre. Les Etats-Unis vont payer un prix (fort) car l'Irak ne sera pas une proie facile, comme le pensent les aventuriers américains".Kofi Annan se veut incontournable
Le premier orateur a avoir pris la parole pour 15 minutes, conformément au règlement, avait été le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan. Officiellement, il s'agissait de présenter le rapport annuel sur son activité. Dans un discours prononcé sur un ton grave et convaincu, il avait défendu face à l'Irak une ligne ferme, mais légitimiste. S'il avait reconnu qu'un retour à la normale devait avoir lieu à Bagdad, il avait insisté, dans un rappel à l'ordre à peine voilée au président américain George W. Bush, sur l'indispensable "usage intégral des institutions multilatérales", avant de décider toute nouvelle forme d'intervention. Poussant la logique à son terme, il avait expliqué qu'un pays qui exigeait sur son sol le respect des règles fixées par la loi devait également défendre la légalité sur le plan international. "Il est nécessaire de respecter la loi internationale, avait-il enchaîné, pour maintenir l'ordre international."
S'exprimant ensuite sur le conflit israélo-palestinien, Kofi Annan avait constaté "l'échec" de "l'approche séquentielle" du conflit, cette méthode clintonienne qui consistait à régler les dossiers séparement et à avancer par étapes successives. Il a préconisé la tenue immédiate d'une conférence internationale, afin de faire en sorte, une fois pour toutes, que les textes votés par les Nations unies et approuvés par Israël et l'Autorité palestinienne soient appliqués. Enfin, constatant que l'ONU ne pouvait plus vérifier la bonne application de ses décisions en Irak, le secrétaire général avait pressé Bagdad de "respecter ses engagements pour le bien de son peuple et de la sécurité mondiale". "Dans le cas contraire, a-t-il prévenu, le Conseil de sécurité devra faire face à ses responsabilités."
Climat de guerre immimente |
Un climat de guerre imminente entourait cette session très attendue de l'Assemblée générale des Nations unies. Un impressionnant dispositif de sécurité enserrait très strictement le siège de l'ONU à New York en début de matinée. Des garde-côtes patrouillaient sur l'East river, tandis que la circulation était interdite sur la Première avenue. Sans que l'on sache s'il s'agissait d'un choix symbolique, le premier chef d'Etat arrivé sur place jeudi matin était Hamid Karzaï, le très respecté président d'un Afghanistan débarassé des taliban par la grâce d'une guerre décidée à Washington. Une surveillance étroite qui était à la mesure du suspense politique entretenu par les rumeurs et les informations de presse ces dernières semaines, confirmant davantage chaque jour la volonté américaine de renverser le régime de Saddam Hussein, fut-ce par la force et qu'elles qu'en soient les conséquences immédiates. Mais à la tactique solitaire du containment qui prévalait durant la Guerre froide, les Etats-Unis penchent désormais pour l'action directe de la communauté internationale. La "guerre préventive", dit George W. Bush. L.V. |
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