Gueï, mort subite d'un putschiste vertueux

Par Léonard VINCENT, le 20 septembre 2002 à 00h00 , mis à jour le 19 septembre 2002 à 15h23

L'ancien général putschiste Robert Gueï, accusé d'être l'instigateur des mutineries de casernes qui ont éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi, a été retrouvé mort à Abidjan.

cote d'ivoire robert guei annonce du putsch © INTERNE

On l'avait surnommé "le père Noël en treillis". Le 24 décembre 1999, le général Robert Gueï portait une tenue camouflage et un béret bleu. Devant une caméra de télévision, il avait annoncé à la Côte d'Ivoire et au monde stupéfaits le renversement du président Henri Konan Bédié. Quelques heures plus tard, le président Bédié quittait avec femmes et enfants son pays pour le Togo sous escorte militaire française, signant l'arrêt de mort de son gouvernement, héritier du régime réputé inébranlable de Félix Houphouët Boigny. Le coup d'Etat mené par Robert Gueï avait réussi, dans des circonstances pour le moins rocambolesques.

Ce "putschiste vertueux" avait mené une carrière entièrement placée dans le giron des forces armées ivoiriennes. D'enfant de troupe, il était devenu chef d'état-major, après être passé par Saint-Cyr et l'Ecole de Guerre de Paris. Henri Konan Bédié l'avait limogé en 1995, à la veille de l'élection présidentielle, pour avoir refusé d'écraser dans le sang les manifestations de l'opposition sans un ordre écrit. Accusé en 1996 d'avoir fomenté un putsch, il avait été radié des rangs de l'armée. Mais le 22 décembre 1999, des jeunes hommes de rang désorganisés réclamant le versement de primes l'avaient retrouvé à Gouessesso, dans sa province natale à l'ouest du pays, et l'avaient adjuré de prendre la tête de leur mouvement. Ce qu'il avait fait, avec succès.

Sa prise de pouvoir avait été accueilli avec espoir. La tension politique était à son comble et les rumeurs de guerre civile couraient dans tout le pays, sur fond de corruption généralisée de l'entourage présidentiel et d'une campagne xénophobe visant à écarter de la politique l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara, accusé d'être burkinabé, en vertu de son lieu de naissance. Très vite, Robert Gueï avait délaissé l'uniforme pour le costume-cravate, assuré qu'il n'avait pris le pouvoir que pour "assainir" le pays et convoquer de nouvelles élections.

Une ère de transition qui s'est voulue permanente

Or, il avait pris goût à ses fonctions. L'ère de transition qu'il avait promise s'était transformée en période d'installation de ses équipes et de ses méthodes. Et les crispations s'étaient intensifiées, les vraies ou fausses tentatives de coup d'Etat ou d'assassinat s'étaient succèdées, de nombreuses exactions des militaires avaient été révélées, les vieux débats de l'ancien régime avaient pris une ampleur inégalée. Gueï, grâce à sa mainmise progressive sur l'appareil d'Etat, était parvenu à faire écarter arbitrairement de la course à la présidence à la fois l'ancien président Bédié et l'ancien Premier ministre Ouattara, mais pas l'éternel opposant de la gauche modérée, Laurent Gbagbo. Et lorsque, en octobre 2000, il avait été clair que Gbagbo avait remporté l'élection, Robert Gueï avait revêtu de nouveau l'uniforme et envoyé la garde présidentielle tirer à balles réelles sur la foule désarmée d'Abidjan, descendue dans la rue exiger son départ.

Mais, après plusieurs massacres, la rue était tout de même parvenue à le chasser — lui, ses fidèles, son bilan économique calamiteux et son obstination à ne pas vouloir reconnaître sa responsabilité dans les sanglantes journées d'octobre. Depuis, retranché dans sa province, il avait peu à peu repris pied dans le débat politique, participant après des mois de bouderie à l'effort de réconciliation nationale initiée par le nouveau président Gbagbo, allant même jusqu'à s'allier au gouvernement. Toutefois, la semaine dernière, il s'était emporté contre le gouvernement et avait dénoncé son alliance avec les hommes de Gbagbo. Une dernière fois.

Par Léonard VINCENT le 20 septembre 2002 à 00:00
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