© INTERNETf1.fr : Y-a-t-il un lien entre le 11 septembre et l’impatience de Georges Bush à vouloir attaquer l’Irak, avec ou sans le soutien de la communauté internationale ?
Didier Billion : Il est vrai que suite aux violentes attaques terroristes contre les intérêts américains, le président des Etats-Unis a prononcé un discours annonciateur d’une lutte sans merci contre les pays de l’"axe du mal" : la Corée, l’Irak et l’Iran. Mais pour autant, cela fait maintenant douze ans que pour un certain nombre de décisionnaires américains, il reste un certain goût d’inachevé. Celui de ne pas avoir marché sur Bagdad au moment de la guerre du Golf. A l’époque, pour des raisons strictement politiques, liées au fort risque d’instabilité dans la région en cas de renversement de Saddam Hussein, le père de l’actuel président américain a arrêté l’offensive aux portes de la capitale irakienne. Depuis ce jour, les USA tentent par un certain nombre de votes onusiens d’enserrer le régime irakien, de le mettre à terre.
Tf1.fr : Les menaces sont-elles réelles ?
Didier Billion : Bush dit qu’il en apportera la preuve le 12 septembre dans un discours devant l’ONU. Depuis plusieurs années, on nous dit que probablement, si on ne fait rien, dans quelques mois, les irakiens pourront fabriquer la bombe atomique. Mais aucune preuve formelle n’a été apportée à ce jour. Nous assistons à ce que j’appelerai la "théorisation de la diplomatie préventive" par les Etats-Unis. Parce que l’on soupçonne quelqu’un d’être dangereux, nuisible aux autres, on doit le réduire à néant.
Si les Etats-Unis s’en prennent ainsi à l’Irak, ce n’est pas seulement parce que Hussein a franchi un jour la ligne jaune en envahissant le koweït, ni seulement parce qu’il posséderait des armes biologiques, chimiques ou bactériologiques. C’est aussi parce qu’un homme (ndlr : Saddam Hussein) a osé remettre en cause le nouvel ordre international. C’est un vrai contentieux qui reste en travers de la gorge des américains. Avec l'embargo entre également en jeu un aspect psychologique, une sorte de miroir diabolique qui les empêchent aujourd’hui, d’un côté comme de l’autre, de faire un pas vers un dialogue.
Tf1.fr : En quoi ce pays serait-il plus menaçant que d’autres pays voisins, au fort ressentiment anti-américain, tels la Syrie ou l’Iran ?
Je tiens d’abord à préciser qu’il ne faut pas faire de raccourcis trop hâtif et dire que, les Etats-Unis d’un côté, les pays arabes de l’autre, sont des frères ennemis. Les tensions existent uniquement entre les Etats-Unis et les Etats arabes qui osent refuser les diktats américains.
Avec la Syrie, la situation est radicalement différente d’avec l’Irak. Peu importe qu’il s’agisse d’une dictature ou non, ce qui compte avant tout pour les Etats-Unis, c’est que cet Etat a toujours clairement choisi son camp depuis dix ans. Pendant la guerre du golf, en 1990, Hafez el Hassad décide, à la surprise de presque tous les observateurs internationaux, de se ranger du côté des alliés des américains, contre l’Irak. Après le 11 septembre, la Syrie a condamné sans ambiguïté les attentats. En octobre dernier, le pays s’est vu coopté comme membre du conseil de sécurité de l’ONU. Même si la méfiance reste, aux yeux des autorités américaines, la Syrie fait preuve de bonne volonté.
En Iran, les pressions américaines sont toujours très fortes. La loi d’Amato a été reconduite en août 2001. Autre illustration : la Russie aide actuellement l’Iran à la construction d’une centrale nucléaire (Boucher). Il ne se passe pas une semaine sans que les USA ne demandent aux Russes de rompre leur contrat. Depuis la révolution de 1979, l’anti-impérialisme, le refus de céder aux pressions américaines, est devenu structurel en Iran. Si réformateurs et conservateurs s’opposent sur tout dans leur pays, un point les rapproche, leur anti-américanisme. Mais en même temps, à l’inverse du régime irakien, il existe dans ce pays une vraie classe politique, cultivée, ouverte au dialogue, à l’extérieur. Militairement, elle ne représente pas les mêmes menaces que sa voisine l’Irak. Enfin, à l’instar des choix opérés par la Syrie, son refus d'accueillir des réfugiés irakiens sur son territoire en cas d'attaque militaire américaine contre Bagdad joue plutôt en sa faveur.
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