© INTERNE"Il sera exilé. Cet homme est fini. Il a achevé son peuple et il devra personnellement quitter le secteur. Peut-être ce mois-ci, peut-être le mois prochain — c'est une question de temps. Il est clair que cet homme n'a pas sa place dans la sphère de ceux qui veulent la paix au Proche-Orient." Cette description de Yasser Arafat, citée par le quotidien Ha'aretz, a été faite par le ministre de l'Environnement israélien Tzachi Hanegbi, membre du Likoud, le parti d'Ariel Sharon. Elle traduit bien l'état d'esprit de la droite israélienne, tandis que certains membres travaillistes du gouvernement, s'ils ne sont pas opposés à la neutralisation du complexe présidentiel palestinien de la Moukataa, restent prudents sur le sort qui doit être réservé au président palestinien.
Etat de siège pour un immeuble
Entre-temps, les bulldozers des Forces de défense israéliennes ont détruit l'essentiel des bâtiments de la Moukataa, à l'exception de la structure principale, qui abrite le président Arafat et plus de 200 hommes. Le gouvernement d'Israël exige la reddition d'une vingtaine d'entre eux, dont de hauts gradés des services de renseignement et de la garde personnelle de Yasser Arafat, qu'ils accusent d'être directement liés au terrorisme. Dans un premier temps, Israël a demandé la liste nominale des hommes présents dans la Moukataa, ce que les Palestiniens ont catégoriquement refusé.
Toutefois, sur pression des Etats-Unis, soucieux de préserver un semblant de stabilité internationale dans la perspective d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU mardi consacrée à l'Irak, Israël a accepté dimanche de faire cesser les destructions de bâtiment. Des vivres, des produits d'hygiène et des vêtements ont été livrés aux Palestiniens retranchés dans la Moukataa. Une réunion de responsables palestiniens, dirigée par le numéro deux de l'OLP Abou Mazen, a été autorisée, au domicile de celui-ci à Ramallah. Reste que le conseiller d'Ariel Sharon Gideon Sa'ar a indiqué que le siège durerait le temps qu'il faudrait, jusqu'à ce que les hommes recherchés par Israël soient neutralisés.
Même si une première médiation du principal négociateur palestinien Saëb Erekat a échoué, une équipe de négociateurs est arrivé à Ramallah dans la matinée de lundi, afin de trouver un arrangement. En revanche, l'idée d'une visite de l'émissaire européen Miguel Angel Moratinos à la Moukataa a été repousée par le bureau d'Ariel Sharon.
Opération "Question de temps"
Les responsables politiques israéliens dans leur ensemble ne décolèrent pas, depuis les deux attentats suicide du milieu de semaine dernière, qui ont tué sept personnes et blessés des dizaines. "Yasser Arafat est un échec géant, s'est ainsi emporté le ministre travailliste de la Culture et des Sports, Matan Vilnaï. Il représente aujourd'hui l'obstacle principal sur la voie de la paix. Il a échoué à bâtir un régime et une société." De même, le vice-ministre de la Défense, le travailliste Weizman Shiri, a expliqué qu'Israël n'avait "nulle intention d'éliminer physiquement Arafat", mais "l'amener à décider lui-même vers où il va partir." D'ailleurs, l'opération des Forces de défense israéliennes assiégeant le complexe présidentiel de Ramallah a été baptisée "Question de temps".
Au sein de la classe politique, cette situation d'étranglement de l'exécutif palestinien et l'évocation de l'exil possible de son président, en réponse au retour de la terreur dans les villes d'Israël, exacerbe les tensions. La colère du ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, notamment, prouve que le gouvernement d'Israël n'est pas d'un bloc, dans une situation qui lui vaut la ferme réprobation du monde entier, de Washington à Jakarta, en passant par Paris. "Quiconque voudrait exiler Arafat, a ainsi déclaré Shimon Peres, en réalité souhaite le réinstaller à la tête de la Révolte arabe. Va-t-il rester assis et se taire ? Va-t-il prendre ses ordres auprès de Tzachi Hanegbi ou de quelqu'un d'autre ?" De fait, un avertissement de taille a été envoyé à Israël par la population palestinienne, qui s'est mise en grève générale à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza en soutien à son président assiégé.
"Les ennemis des Palestiniens vivent en leur sein"
Shimon Peres s'est toujours opposé à l'exil forcé du raïs palestinien, ainsi que quelques uns de ses collègues travaillistes du gouvernement. Et de fait, même s'il a publiquement soutenu l'opération lancée par Tsahal contre le QG de Ramallah, il n'en reste pas moins convaincu que "des limites ont été fixées." "Nous étions forcés d'adresser une sévère mise en garde aux Palestiniens, a-t-il expliqué sur les ondes de la radio publique. Même si Arafat n'est pas responsable des attentats, il relève de sa responsabilité de les empêcher", a-t-il dit, soulignant que s'il avait soutenu l'opération contre la Moukataa, "il ne s'en réjouissait pas pour autant"."Les ennemis des Palestiniens vivent en leur sein, a-t-il conclu, et détruisent le peuple palestinien."
Pourtant, comme s'il s'agissait d'une première victoire après une opération douloureuse, Shimon Peres a annoncé lundi matin que le conseiller pour la sécurité de Yasser Arafat Mohammed Dahlan avait officiellement demandé au Hamas et au Jihad islamique de cesser leurs attaques contre Israël.
Conseil de sécurité : les Etats-Unis menacent d'opposer leur veto Les Etats-Unis ont menacé lundi d'opposer leur veto à un projet de résolution devant le Conseil de sécurité des Nations unies exigeant qu'Israël lève le siège du quartier général du président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat. Le représentant permanent de Palestine avait auparavant demandé que le Conseil adopte une "résolution claire" demandant à Israël de se retirer immédiatement des abords du QG de Yasser Arafat à Ramallah. Dans son préambule, le texte fait état d'une "grave préoccupation à la suite des événements tragiques et violents qui ont eu lieu depuis septembre 2000" et à cause de la crise humanitaire à laquelle est confronté le peuple palestinien. Mais il ne fait pas mention, et donc ne condamne pas, les attaques suicide contre Israël. |
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