© INTERNEL'une des guerres d'occupation les plus ignorées du monde pourrait se terminer ce mardi, avec le retrait annoncé de toutes les troupes rwandaises hors du territoire de la République démocratique du Congo. Le président rwandais Paul Kagamé a fait annoncer lundi le départ en hélicoptères, dans les 24 heures, de ses 30 à 40.000 hommes en opérations dans l'est de la RDC. Les termes de l'accord signé en juillet entre Kigali et le président congolais Joseph Kabila stipulent qu'en contrepartie du retrait rwandais, le régime de Kinshasa s'engage à désarmer les miliciens hutus actifs dans la région et que Kigali accuse d'être responsable du génocide de 1994. Une grande guerre régionale qui dure depuis cinq ans dans l'indifférence générale pourrait donc prendre fin.
Amitiés rompues et coup d'Etat prévu
Tout commence en mai 1997, immédiatement après la fuite de Mobutu. Car, si l'entrée dans Kinshasa de Laurent-Désiré Kabila et ses guérilleros est célébrée dans la liesse populaire, le divorce entre le peuple, le nouveau régime et ses anciens alliés est très vite consommé. Les nouveaux dirigeants de l'ancien Zaïre, devenu République démocratique du Congo, sont inexpérimentés. Leur enracinement idéologique est inexistant. Kinshasa, malgré l'afflux de journalistes et d'hommes d'affaires, se retrouve fortement dépendant de ses soutiens étrangers, le Rwanda et l'Ouganda, sans parler des Etats-Unis. Le régime de la RDC, à la fois dépassé par l'immensité du pays et l'urgence des chantiers, pratique très vite une répression féroce à l'encontre des opposants.
Début 1998, une série de ruades de Laurent-Désiré Kabila rompt définitivement la confiance intéressée qui unissait, par-delà les détestations personnelles, la RDC, le Rwanda et l'Ouganda. Et, encore une fois, ce sont les frontières orientales du pays qui deviennent un enjeu de lutte politique, avant d'être celui d'un conflit armé. Kabila, qui s'était posé en champion de l'unité nationale congolaise, rechigne à satisfaire les aspirations autonomistes des Tutsis, comme il l'avait promis depuis son maquis. Il refuse de rembourser certaines dettes de guerre. Certains vont jusqu'à révéler qu'il entretient des liens avec les faucons hutus et qu'il finance les rebelles qui sévissent au Rwanda. C'est ainsi qu'en mai 1998, le jour où il organise un sommet régional pour fêter sa première année de pouvoir, deux présidents ne viennent pas : le rwandais Pasteur Bizimungu et l'ougandais Yoweni Museveni, ses tuteurs d'hier.
Du bras de fer à la guerre ouverte
Décidés à se débarasser de ce guérillero infatué, le Rwanda et l'Ouganda organisent donc une mutinerie interne à l'armée congolaise. Ils lancent un bras de fer entre le président Kabila et les officiers tutsis, qui aboutit en juillet 1998 au limogeage de son chef d'état-major, le commandant James Kabare, un officier tutsi du Rwanda. Celui-ci est remplacé par un fidèle de Kabila, un gendarme katangais. Dans le même mouvement, l'essentiel du commandement des forces de sécurité et de renseignement est purgé. Adoubés par Kabila, fin juillet, les Katangais sont partout. De plus, les soldats rwandais et ougandais qui ont accompagné les rebelles de Kabila jusqu'à la capitale commencent à avoir mauvaise réputation.
C'est ce moment que choisissent le Rwanda et l'Ouganda pour jouer leur carte maîtresse. Dans la nuit du 2 au 3 août, les éléments banyamulenge de l'armée congolaise se soulèvent, dans la capitale et dans les villes du Kivu, frontalières du Rwanda et de l'Ouganda. Si l'étincelle du coup d'Etat est vite éteinte à Kinshasa, tout l'est du pays résiste et une guerre régionale embrase bientôt toute la région. D'un côté, les rebelles congolais hétéroclytes et leurs alliés le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi. De l'autre, les forces "nationales" congolaises formées des éléments katangais de l'armée et de leurs soutiens du Zimbabwe, de l'Angola, de la Namibie et du Tchad que Kabila a rameuté autour de son projet nationaliste.
Forces "nationales" contre rebelles "étrangers"
Depuis, d'avancées en statu quo, et malgré les accords de paix de Lusaka de 1999, les rebelles tiennent, sous la tutelle de voisins envahissants, tout le tiers oriental de la RDC, dont les villes de Goma et Kisangani. Officiellement, pour le Rwanda, il s'agit de contenir hors de la région des Lacs les miliciens massacreurs hutus. De l'autre côté, autour du régime de Kinshasa, les "forces nationales", comme elles aiment à se désigner, luttent pour préserver l'intégrité territoriale de la RDC. Et aussi pour récupérer les riches territoires de l'est, gorgés de métaux, d'or et de diamants. Des ressources d'ailleurs largement exploitées par les occupants, dans des conditions souvent épouvantables, comme l'ont dénoncé plusieurs ONG dans l'indifférence générale.
"C'est une excellente nouvelle, résume pour tf1.fr un homme d'affaires congolais ayant requis l'anonymat. Mais, déjà que nous étions oubliés en pleine guerre, il n'y a aucune raison pour que l'on ne nous oublie pas alors que la paix est en vue."
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