© INTERNELa Syrie a exfiltré d'Afghanistan et installé dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban entre 150 et 200 guerriers et commandants de la légion terroriste al-Qaïda. C'est ce qu'affirme, entre autres révélations plus que gênantes pour Damas, le quotidien israélien Ha'aretz dans son édition de lundi, sous la plume de son correspondant militaire Ze'ev Schiff, généralement bien informé. Cette révélation, confirmée par une source politique israélienne anonyme citée par l'agence Associated press, serait connue des services de renseignements israélien et occidentaux. Alors que l'Irak se trouve au centre du collimateur américain, une collusion entre Damas et l'organisation d'Oussama ben Laden viendrait singulièrement troubler la politique occidentale envers la Syrie, faite aujourd'hui de courtoisie et de méfiance.
L'installation en bord de Méditerrannée d'un groupe de combattants de ben Laden accompagnés de leurs chefs ne s'est pas faite sans aide. Ha'aretz affirme que ces hommes ont fui la défaite annoncée au pays des taliban en passant par l'Iran et Damas, capitale de la Syrie. Ils se sont installés dans le camp palestinien de Aïn Héloué, près de Sidon, au Liban, pays sous tutelle syrienne où leur marge de manœuvre est plus grande que dans d'autres pays susceptibles de leur offrir un refuge.
Attaque d'un poste du parti de Yasser Arafat
Le 13 août dernier, sans doute soucieux de s'assurer le contrôle du camp, Ha'aretz affirme que c'est un groupe d'entre eux qui a attaqué à l'arme automatique, la grenade et le RPG, un poste du Fatah. Le parti de Yasser Arafat veille en effet à structurer les 75.000 réfugiés palestiniens de cette quasi-ville située à 45 kilomètres au sud de Beyrouth. Un militant du Fatah a été tué dans les combats, ainsi que l'un des assaillants, avant que ces derniers ne se replient. A l'époque, les agences de presse avait attribué l'assaut à un groupe intégriste libanais, Dunniyeh, qui souhaitait venger la livraison aux autorités libanaises par le Fatah d'un de leurs militants en cavale, coupable d'avoir abattu trois policiers lors de tentatives d'arrestations.
Mais, à cette dangereuse exfiltration, Ha'aretz ajoute d'autres accusations à l'encontre de la Syrie, plus directement liées au Saoudien renégat ben Laden et aux attaques terroristes du 11 septembre 2001. Ainsi le propre fils de ben Laden, Omar, accompagné de sa mère Nagwa, aurait quitté sur ordre leur résidence syrienne trois semaines avant les attaques. Ils avaient élu domicile dans le quartier alaouite de Latakiya, après qu'un arrangement eut été trouvé entre Damas et al-Qaïda sur l'entourage d'Oussama ben Laden. Omar serait retourné au moins trois fois en Syrie après le 11 septembre.
Mohammed Atta s'est rendu en Syrie
De même, selon Ha'aretz, le chef du commando américain Mohammed Atta, qui pilotait le vol American Airline n°11 qui s'est écrasé le premier sur une des Tours jumelles de New York, se serait rendu à deux ou trois reprises à Alep, sans que l'on sache qui il y a rencontré. Enfin, un des chefs militaires du Hezbollah, Imad Mourgniyeh, aurait rencontré un agent d'al-Qaïda au Soudan, une telle rencontre ne pouvant être imaginée sans que les puissants services de renseignements syrien, en contact étroit avec le parti chiite libanais, aient été au courant.
Ces révélations viennent illustrer le changement de comportement du régime de Bachar el-Assad, avant et après le 11 septembre. Ces dernières années, Damas aurait ainsi chapeauté un certain nombre de manœuvres d'al-Qaïda, alors qu'après les attaques et l'imminence de la riposte américaine, Bachar el-Assad aurait décidé d'offrir une coopération limitée avec la CIA. Les premières informations ayant permis de décrypter et démanteler le réseau allemand de Mohammed Atta provenaient en effet des services de Damas, ce qui a convaincu le président américain George W. Bush de ne pas inscrire la Syrie sur la liste de "l'axe du mal". En revanche, si Damas a aidé l'Occident à démanteler les réseaux actifs à l'ouest, aucune information n'a été fournie sur les activités de la nébuleuse terroriste sur le territoire syrien. Ce qui accrédite la thèse avancée, à la lecture de l'article de Ha'aretz, par le conseiller d'Ariel Sharon Ra'anan Gissin : "Ce n'était qu'une question de temps avant qu'al-Qaïda ne trouve un refuge confortable à Damas, tout comme d'autres organisations."
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