La télévision en guerre

Par Franck LEFEBVRE, le 11 septembre 2002 à 13h04 , mis à jour le 10 septembre 2002 à 13h06

La catastrophe du 11 septembre met d’emblée les télévisions américaines en première ligne. Choc pour l’Amérique, mais aussi pour les journalistes : le professionnalisme des premières heures se noie bientôt dans la vague patriotique de l’après-11 septembre, et dans les appels à la guerre.

cameraman poussiere tour © INTERNE

Le 11 septembre 2001, après le premier crash sur l’une des tours du World Trade Center à 8h46, heure de New-York, il ne faut que quelques minutes aux principales télévisions américaines pour réagir. Peu après 9 heures, c’est devant les caméras qu’un deuxième avion vient s’encastrer dans la tour voisine. L’hypothèse de l’accident n’est déjà plus envisageable ; mais il faudra du temps pour que les journalistes osent évoquer le mot "terrorisme".

Pour les télévisions s’engage alors une course aux images et aux témoins. Ce ne sont tout d’abord que des vues lointaines des bâtiments en feu, souvent accompagnées de commentaires en voix off. Rapidement, face à l’ampleur de l’événement, les chaînes communiquent, les journalistes s’entraident, les images circulent. Fox News diffuse des vidéos des stations new-yorkaises WABC and WCBS. CNBC diffuse le témoignage d’un reporter du Wall Street Journal. Les images de CNN sont largement reprises. Au cours des heures qui suivent, pendant que les Américains découvrent, effarés, les images de l’apocalypse, les journalistes rendent compte de l’événement avec un professionnalisme et un sang-froid qui seront maintes fois soulignés.

Mais la dramaturgie propre à cette catastrophe en direct accentue l’impression de désarroi, semble démultiplier l’ampleur de l’attaque. Incertitude quant aux nouvelles : pêle-mêle, les télévisions annoncent l’attaque et l’évacuation du Pentagone, l’évacuation de la Sears Tower à Chicago (qui se révèlera injustifiée), font état d’une revendication du FDLP aussitôt démentie… Poids croissant des images : aux lointaines vues du World Trade Center surmonté de fumée succèdent celles de foules en fuite, de policiers débordés. Lorsque les chaînes retransmettent le premier discours de Bush, il apparaît, le visage décomposé, dans une petite fenêtre en haut d’écran, sur fond de tours en feu. CNN, CBS diffusent en boucle la vidéo du deuxième crash. Puis c’est l’effondrement des deux tours. Le mot de "guerre" vient alors presque naturellement : sur ABC, le présentateur-vedette Peter Jennings évoque Pearl Harbor. "Les terroristes ont déclaré la guerre aux Etats-Unis", assène Tom Brokaw sur NBC.

L’heure de la mobilisation

Au soir des attentats, George W. Bush s'adresse au pays depuis la Maison-Blanche : "Nous ne ferons aucune différence entre les terroristes qui ont perpétré ces actes et ceux qui les protègent". Une déclaration, largement retransmise, qui semble sonner pour les journalistes l’heure de la mobilisation. S’il y a guerre, il faudra une riposte… Au professionnalisme du premier jour succèdent des attitudes ambivalentes.

Les jours suivant le 11 septembre, les journalistes affichent leur soutien au président américain en arborant des pin’s à la télévision. Dans une émission, Dan Rather, le présentateur-vedette de CBS, se dit prêt à répondre aux ordres de George W. Bush. D’autres appellent tout aussi ouvertement à bombarder l’Afghanistan, tel Bill O'Reilly sur Fox News. Manifester la moindre réticence devant cette vague de patriotisme suscite la méfiance. Ceux qui répugnent à porter les pin’s de soutien reçoivent des appels de menace. Ceux qui craignent que le nouveau logo apparu sur les écrans de CNN, "America’s New War," soit trop va-t’en-guerre, se font insulter. C’est par la télévision que nombre d’Américains ont reçu le choc du 11 septembre ; les télévisions et leurs journalistes ont le devoir patriotique d’appeler à la guerre.

Le 11 septembre 2001 aura marqué l’histoire des Etats-Unis ; mais il aura aussi fait date dans l’histoire des médias américains en montrant le spectacle, heure par heure, des conséquences de la plus meurtrière offensive terroriste que le monde ait connue. Lors des attaques sur New-York et sur le Pentagone, comme dans tout acte de terrorisme, les médias, notamment les télévisions, étaient dès l’origine une cible principale : ils étaient la caisse de résonnance nécessaire pour que la chute des tours jumelles du World Trade Center fasse trembler l’ensemble de l’empire américain. Et c’est tout naturellement sur eux que devait peser tout le poids des appels à la riposte. Tout comme la chaîne qatariote al-Jazira devait, de son côté, se faire le relais des discours du régime des taliban et des messages d'al Qaïda...

Photo d’ouverture : un cameraman fuit l’effondrement d’une des tours - DR

Par Franck LEFEBVRE le 11 septembre 2002 à 13:04
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