© INTERNELe président palestinien Yasser Arafat a dû lutter pied à pied pour obtenir du Conseil législatif l'investiture de son gouvernement. Mardi après-midi, au terme d'un débat houleux opposant les fidèles du Fatah et les tenants d'un réformisme plus radical, le parlement réuni à Ramallah a voté la confiance au cabinet présenté dans la matinée par le raïs palestinien. Sur les 79 élus ayant pris par au vote, 56 ont voté pour et 18 contre, tandis que 5 se sont abstenus.
Si elle compte deux ministres de moins, la nouvelle équipe gouvernementale de 18 ministres n'est pourtant guère différente de celle nommée au mois de juin et qui avait dû démissionner le 11 septembre dernier, pour éviter le vote de défiance annoncé des députés palestiniens. Seuls quatre nouvelles personnalités font leur entrée au gouvernement, tandis que le premier carré des fidèles d'Arafat reste en place. Il s'agit donc d'un succès pour le président palestinien, qui a su résister à ceux qui voudraient lui imposer leur idée des réformes et limiter son pouvoir.
L'Intérieur sous contrôle
La nomination la plus significative concerne le poste très sensible du ministère de l'Intérieur, chargé à la fois de maintenir la sécurité dans les territoires et de mener à bien la réforme drastique des services. Au mois de juin, sous les pressions internationales, Yasser Arafat avait accepté de se défaire de cette responsabilité, qui lui incombait jusque là personnellement. Il avait alors nommé le général à la retraite Abdelrazek al-Yahia, qui n'a cessé de condamner publiquement les actions terroristes et d'estimer que la protestation palestinienne devrait prendre d'urgence une forme non-violente.
Mais il semble que Yasser Arafat n'a pu accepter l'irréductibilité d'al-Yahia, qui s'en prenait à l'appareil militaire de l'Intifada sans son accord, au risque de le placer en porte-à-faux. De fait, au moins huit officiers de la police palestinienne ont été démis de leurs fonctions dès lundi, quelques mois seulement après leur nomination par le ministre de l'Intérieur sortant. Alors que Yasser Arafat est de plus en plus contesté à l'intérieur même de la classe politique palestinienne, les barons du Comité central du Fatah, le parti du président, estimaient que cette fonction incombait à l'un des leurs, et non à un indépendant.
Le nouveau ministre de l'Intérieur est donc Hanni al-Hassan, secrétaire international du Fatah, une figure historique du parti qui a souvent fait office de représentant personnel de Yasser Arafat à l'étranger, l'homme des missions secrètes et des négociations délicates. Issu d'une grande famille palestinienne de Jaffa, Hanni al-Hassan est, en outre, le frère cadet de l'un des fondateurs du Fatah, Khaled al-Hassan, aujourd'hui décédé, lequel a longtemps été considéré comme le bras droit du dirigeant palestinien. Les liens entre al-Hassan et le président Arafat se seraient encore renforcés, après que les deux hommes eurent longuement discuté de la réorganisation des forces de sécurité, tandis qu'ils étaient assiégés par les troupes israéliennes dans la Mouqata'a de Ramallah, le mois dernier.
Des arrangements cosmétiques
Toutefois, le ministre de l'Intérieur palestinien ne dispose pas de pouvoirs importants. Non seulement l'appareil sécuritaire palestinien a été considérablement destructuré par les opérations militaires des Forces de défense israéliennes en Cisjordanie. Mais, de plus, il ne lui reste plus de centre opérationnel dans la bande de Gaza, depuis que l'aviation israélienne a détruit l'essentiel de ses bâtiments. Mais ce poste pourrait se révéler crucial à l'avenir, à la fois en cas d'accord avec Israël comme en cas de confrontation directe.
Du côté des proches de Yasser Arafat, la négociation aurait été ardue. Au final, les ministères des Affaires civiles, des Télécommunications et de la Jeunesse et des Sports, tenus par des fidèles d'Arafat, ont été sacrifiés au profit de cadres du Fatah. Mais le président palestinien a préservé les portefeuilles de sa garde rapprochée, composée des négociateurs Nabil Chaath (Plan et Coopération internationale), Saëb Erekat (Collectivités locales) et Yasser Abed Rabbo (Information et Culture). Selon des sources palestiniennes citées par le Jerusalem Post, les responsables du Fatah auraient négocié l'aval de ce cabinet contre la tenue prochaine d'un congrès du parti.
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