Ben Eliezer s'attaque aux colonies

Par Léonard VINCENT, le 10 octobre 2002 à 17h01 , mis à jour le 09 octobre 2002 à 17h10

L'armée israélienne a démantelé plusieurs points de colonisation sauvage dans le nord de la Cisjordanie, provoquant la colère des colons. Il s'agirait, selon le ministère de la Défense, du commencement d'une campagne de démantèlement plus vaste.

Photo : Orel COHEN (AFP) © INTERNE

Sur ordre exclusif de leur ministre, les Forces de défense israéliennes ont commencé à démanteler plusieurs colonies sauvages inhabitées de Cisjordanie. Le bureau du travailliste Benyamin Ben Eliezer a fait savoir que vingt-quatre autres implantations illégales du même type devaient être détruites d'ici la fin de la semaine et que, en tout, cent cinq autres étaient recensées, alors qu'une première tranche de plusieurs dizaines de colonies similaires avaient déjà été démantelées avant l'été. Toutefois, le mouvement La Paix Maintenant avait fait savoir à l'époque que les colons s'étaient empressés de profiter du fait que les médias avaient détourné le regard pour réinstaller certaines d'entre elles. Jeud matin, l'opération a continué, malgré les critiques. Deux autres implantations sauvages ont été démantelées.

Intention honnête

Mercredi, le bureau d'Ariel Sharon n'a pas fait de commentaire officiel. Mais des responsables de son bureau ont indiqué à la radio militaire que le Premier ministre attendait de voir jusqu'où Ben Eliezer allait aller, mettant en doute sa capacité à démanteler de grandes colonies très peuplées sans l'aval de son cabinet. Toutefois, sitôt connue la décision du ministre travailliste, le Conseil des colons l'a aussitôt accusé d'avoir lancé une opération démagogique visant à s'attirer les faveurs de l'aile gauche de son parti en vue des primaires du mois prochain et d'avoir donné une "récompense au terrorisme".

Ben Eliezer se présente en effet, le mois prochain, contre deux rivaux sérieux à la candidature travailliste pour le poste de Premier ministre. Et ses deux concurrents, l'avocat Haïm Ramon et le populaire maire de Haïfa Amram Mitzna sont non seulement résolus à faire sortir les travaillistes du gouvernement Sharon, mais caracollent également en tête de tous les sondages. Mais le vice-ministre de la Défense Weizman Shiri a insisté pour dire qu'il existait une "intention honnête de démanteler les colonies illégales. Lorsqu'il [Ben Eliezer, NDLR] ne les démantèle pas, il est critiqué pour s'être couché devant le Premier ministre. Lorsqu'il les démantèle, il est accusé de le faire à cause de Mitzna et du reste."

Dangereuses pour tout le monde

Les soldats israéliens n'ont rencontré aucune résistance, en s'attaquant à deux implantations proches de Naplouse et Ramallah, dans le nord de la Cisjordanie, dans une zone où de nombreuses embuscades sanglantes surprennent les véhicules immatriculés en Israël. D'ailleurs, ce sont souvent les officiers de Tsahal eux-mêmes qui réclament des mesures radicales contre les colonies sauvages. Une pétition de soldats a d'ailleurs été récemment reçue par le ministère de la Défense. Et l'argumentaire de l'adjoint de Benyamin Ben Eliezer, mercredi matin, insistait précisement sur l'idée que, non seulement ces colonies étaient illégales en vertu d'une décision de justice, mais également sur le fait qu'elles représentaient un danger inutile pour les soldats des Forces de défenses israéliennes, singulièrement sur la brêche ces temps-ci et qui devraient, en plus, les surveiller.

Constituées la plupart du temps de plusieurs caravanes, de containers, d'un générateur électrique et d'une réserve d'eau, ces colonies ont été installées à la hâte sur de nombreux sommets de collines dans toute la Cisjordanie. Pour une grande part, elles ont été installées à partir des accords de Wye River de 1998, lorsque l'Etat d'Israël et les Palestiniens se sont engagés dans des pourparlers d'échange de la terre contre la paix. Le ministre en charge des colonies était alors Ariel Sharon, lequel encourageait les colons à installer leurs nouvelles implantations à proximité de colonies construites en dur, de manière à pouvoir, le cas échéant, étendre les territoires revendiqués.

Par Léonard VINCENT le 10 octobre 2002 à 17:01
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