La Corée du nord et l'Iran, partenaires nucléaires

Par Léonard VINCENT, le 22 octobre 2002 à 00h00 , mis à jour le 21 octobre 2002 à 18h50

La Corée du nord a avoué avoir développé clandestinement un programme d'armement nucléaire. Le quotidien israélien Ha'aretz affirme que Pyongyang a en outre fourni de la technologie nucléaire à l'Iran, en échange de sa discrétion et de son soutien technique.

logo nucléaire © INTERNE

Non seulement la Corée du nord a développé clandestinement un programme nucléaire, mais le pays de Kim-Jong Il a également fourni sa technologie à l'Iran, après avoir été aidé lui-même par le Pakistan. C'est l'information publiée lundi par Ze'ev Schiff, le correspondant militaire du quotidien israélien indépendant Ha'aretz, généralement bien informé.

Savoir-faire et bouche cousue

Selon Ha'aretz, la Corée du nord aurait conclu un accord secret avec l'Iran, lui permettant de développer discrètement ses recherches en matière d'enrichissement d'uranium et ses expérimentations sur ses missiles à longue-portée en échange d'un partage de savoir-faire. Et, surtout, loin de la surveillance américaine et des voisins de la Corée du nord. Car même si les services de renseignement sud-coréen, japonais et américain savaient que Pyongyang menait des travaux sur le nucléaire militaire, en contravention avec un accord conclu en 1994, ils en ignoraient l'ampleur ou le stade de développement.

Par le passé, l'Etat d'Israël avait déjà accusé l'Iran de trouver des appuis en Russie et en Corée du nord. Après plusieurs mises en garde, le ministre israélien de la Défense Benyamin Ben Eliezer, en visite à Paris la semaine dernière, avait averti que Téhéran serait "capable à l'horizon de 2005 de produire une bombe nucléaire, selon nos services de renseignement". Lundi, sur les ondes de la radio Echos de Moscou, le ministre russe à l'Energie atomique a démenti avoir fourni une telle aide à la Corée du nord, soulignant que sa coopération se cantonait à la construction de la centrale nucléaire civile de Bouchehr, destinée à l'aider à se doter d'une "source d'énergie". De même, recevant à Moscou le président iranien Mohammad Khatami en mars 2001, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré que "l'Iran a le droit d'assurer ses capacités défensives et sa sécurité, comme tout Etat indépendant qui veut protéger ses intérêts nationaux", ce qui avait eu le don d'irriter les Etats-Unis.

Des missiles pour le Moyen-Orient

Citant des "sources étrangères", l'article de Ha'aretz insiste sur le fait que les Iraniens auraient obtenu du "savoir faire" de la part de la Corée du nord sur la construction de centrifugeuses permettant la production d'uranium enrichi et sur le développement de moteurs pour des missiles à longue portée. Ces sources indiquent que les centrifugeuses, dont la technologie avait été initialement fournie à la Corée du nord par le Pakistan, seraient au "stade opérationnel pour la production". Et, paralèllement, l'Iran aurait commencé l'assemblage de missiles Shihab-5, sur le modèle des missiles nord-coréens Taepo-Dong, d'une capacité de 3.500 à 5.000 kilomètres.

En outre, toujours selon le quotidien israélien, la Corée du nord aurait aidé la Syrie à assembler une chaîne de montage de missiles SCUD améliorés et aurait signé un contrat de livraison de 50 missiles Nodong, d'une portée de 1.300 kilomètres, avec l'Egypte. Mais les pressions américaines auraient forcé Le Caire à dénoncer le contrat.

Après les aveux du régime de Pyongyang devant les autorités américains la semaine dernière, ce nouvel élément vient éclaircir le système d'entraide mutuelle des Etats parias, ainsi que les ramifications moyen-orientale du dossier nucléaire mis à jour.

Par Léonard VINCENT le 22 octobre 2002 à 00:00
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