Haute tension dans la bande de Gaza

Par Léonard VINCENT, le 08 octobre 2002 à 12h03 , mis à jour le 08 octobre 2002 à 12h05

Malgré les protestations internationales, Ariel Sharon a affirmé que d'autres opérations militaires auraient lieu dans la bande de Gaza. Mais même la police palestinienne ne parvient pas à maîtriser le Hamas, très puissant dans le secteur.

vignette proche orient © INTERNE

Ni les critiques américaines, ni les condamnations de l'ONU, ni les risques encourus par les soldats israéliens, ni la terreur infligée à la population civile palestinienne ne font fléchir Ariel Sharon. Au lendemain d'une opération militaire meurtrière, visant deux chefs du Hamas dans le quartier Amal de Khan Younès, une ville autonome de la bande de Gaza, le Premier ministre israélien a affirmé qu'il y aurait d'autres opérations dans le secteur, que le gouvernement d'Israël considère comme un nid du plus radical terrorisme palestinien, celui du Hamas. Paralèllement, la police de Yasser Arafat s'est violemment heurtée à des miliciens du mouvement intégriste, après l'assassinat lundi du chef de la police anti-émeutes pour la bande de Gaza.

Des regrets, mais "c'est la guerre"

Et Ariel Sharon, qui a qualifié l'opération de "succès", n'en démord pas. L'opération lancée dans la nuit de dimanche à lundi, au cours de laquelle 14 Palestiniens ont été tués et plus d'une centaine ont été blessés, était "vitale pour prévenir les attaques terroristes lancées depuis le secteur", selon lui. En présence du Haut représentant européen pour les relations exterieures Javier Solana, il a toutefois exprimé "ses regrets pour les pertes de vies civiles". Une justification reprise par son ministre-adjoint de la Défense Weizman Shiri, qui a expliqué qu'à partir du moment où les soldats étaient entrés dans le secteur, ils s'étaient fait "tirer dessus de toutes les fenêtres et de toutes les portes, alors ils ont dû faire le boulot." Reprenant les argument du chef militaire du secteur, le général Yisrael Ziv, il a expliqué que "si du mal avait été fait à des civils innoncents, nous en serions désolés. Mais que faire ? C'est la guerre."

Or, c'est précisement cela que le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan reproche à Israël. "De telles actions n'ont de justification ni légale, ni morale", lit-on dans un communiqué de son cabinet, qui ajoute que celles-ci "ne favorisent pas la sécurité d'Israël. Au contraire, elles pourraient conduire à une une plus grande escalade, en aggravant le sentiment de vulnérabilité et d'insécurité des Palestiniens et des Israéliens."

De même, l'administration Bush, par la voix du porte-parole du secrétariat d'Etat Richard Boucher, a exprimé son "profond trouble" et, tout en rappelant le droit d'Israël à se défense, a exhorté les forces israéliennes à "faire tout leur possible pour éviter de toucher des civils ou des locaux humanitaires". La France, la Russie, la Grande-Bretagne, l'Egypte et l'Iran ont également condamné Israël, dans des termes similaires. De son côté, l'européen Javier Solana, qui a entamé dimanche une tournée dans la région, a quant à lui déploré le lancement de telles opérations, alors même que l'Autorité palestinienne cherche à "prendre des distances avec la violence".

Haro sur le Hamas

Entre-temps, un commando du mouvement intégriste, dont le sanctuaire de la bande de Gaza a été pris pour cible par Israël, a froidement abattu lundi le chef de la police anti-émeutes palestinienne Rajih Abou Lehya, tenu pour responsable de la répression sanglante d'une manifestation de soutien à Oussama ben Laden, l'année dernière. Lors de la traque du commando, deux hommes du Hamas ont été tués par les policiers d'Arafat et quinze autres ont été blessés. Selon Radio Israël, des accrochages se sont encore produits mardi, apparemment sans faire de victime.

Le Hamas, à la pointe du combat anti-israélien dans la bande de Gaza, a également appelé toutes les organisations armées palestiniennes à répliquer au "massacre" sur le territoire de l'Etat hébreu. "Sharon, prépare les linceuls pour tes soldats et colons. La vengeance du Hamas sera plus dure que jamais", a lancé un homme du Hamas dans un haut-parleur lors des obsèques des victimes de lundi.

Embuscade en Cisjordanie

Au sud de Hébron, un Israélien a été tué et cinq autres ont été blessés, dont un grièvement, par des tirs de Palestiniens. Les victimes circulaient dans une voiture immatriculée en Israël et ont essuyé des coups de feu tirés depuis une voiture qui les dépassait. Des soldats israéliens et un hélicoptère ont été dépêchés sur place pour tenter de localiser les auteurs de l'attentat. D'après les premières informations, les victimes feraient partie de la même famille.

Par Léonard VINCENT le 08 octobre 2002 à 12:03
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