© INTERNEDe difficiles négociations ont lieu depuis quelques jours à New York sur la question du désarmement du régime de Saddam Hussein, alors que des capitales des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU parviennent des mots d'ordre contradictoires. Et si les Etats-Unis et la Grande-Bretagne font cause commune, la Chine, la Russie et la France, qui disposent toutes d'un droit de véto, sont tout aussi déterminées à se faire entendre. Entre-temps, le chef des inspecteurs de l'ONU Hans Blix a rendu compte des termes de l'accord conclu mardi à Vienne sur les modalités de la mission de désarmement qu'il conduira prochainement en Irak. Mais Washington a déjà fait savoir qu'il se réservait le droit de la "contrarier" si un nouveau texte n'était pas adopté au préalable.
Hans Blix a apparemment écarté l'arrivée d'une première équipe à Bagdad dès la mi-octobre, qu'il avait évoqué en début de semaine, déclarant "espérer que ce ne serait pas dans un long délai". Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a pour sa part souligné qu'il appartenait désormais au Conseil de sécurité, "aujourd'hui, ou la semaine prochaine, de décider ce que sera la prochaine étape".
Pas de recours automatique à la force
La France apparaît dans ce contexte comme un inflexible pacifiste aux yeux de l'administration Bush, qui exige que les inspecteurs de l'ONU débarquent en Irak munis d'un mandat unique et sévère qui, s'il était rendu inapplicable par le régime de Saddam Hussein, exposerait celui-ci à une punition militaire. Si la France refuse, depuis plusieurs semaines, le "recours automatique à la force", elle n'exclut pas cette option, mais la conditionne à l'échec patent des inspections. C'est pourquoi elle demande à ce que le Conseil vote une première résolution fixant d'abord le mandat de la mission onusienne. Et réserve au Conseil le droit, en cas de désobéissance irakienne, de voter une seconde résolution, autorisant l'intervention militaire. En arrière plan se profile également la crainte de voir s'enflammer tout le Moyen-Orient et de ruiner la réputation de l'ONU.
C'est pourquoi la ténacité avec laquelle les diplomates américains tentent d'imposer leurs vues au Conseil de sécurité crispe leurs alliés traditionnels, qui, à l'exception de la Grande-Bretagne, refusent de se dédire. Certes, la diplomatie britannique, emmenée par le Premier ministre Tony Blair, a de longue date pris fait et cause pour les positions de Washington, davantage sans doute pour préserver un lien entre l'Europe et l'outre-Atlantique que pour s'assurer une bonne place sur l'échiquier mondial.
"Une diplomatie qui n'est pas soutenue par la force, quand on a affaire à un dictateur, n'est pas seulement inutile, c'est souvent contreproductif", a ainsi estimé jeudi Tony Blair lors d'une conférence de presse, et ce malgré les critiques qui fusent des rangs du Parti travailliste. "Il est justifié que la communauté internationale agisse, si besoin par la force, si Saddam Hussein ne se plie pas aux demandes" concernant l'élimination des armes de destruction massive qu'il possède, a poursuivi le chef du gouvernement britannique.
Moscou juge "inacceptable" un passage en force
Or, comme la France, la Chine, qui dispose également d'un droit de véto, a fait valoir la priorité de la mission d'inspection, avant toute décision sur l'usage de la force. La Russie, quant à elle, a tacitement indiqué qu'elle pourrait utiliser son droit de véto si les Etats-Unis et la Grande-Bretagne tentaient de faire passer leur texte en force, une situation qui serait "inacceptable", selon Moscou. En arrière plan, les représentants de l'Irak ont quant à eux affirmé qu'ils refuseraient tout nouveau texte, estimant que les résolutions existantes suffisaient à délimiter les droits, les devoirs et les limites de la mission des inspecteurs.
Dans ces conditions, une crise pourrait être ouverte au sein du Conseil de sécurité, dont l'autorité et la légitimité serait abîmée par l'irrédentisme belliqueux des uns et les exigences prudentes des autres.
Retour MYTF1
Chargement en cours...





