© INTERNEPorté au pouvoir en février 2000, le gouvernement d'union nationale d'Ariel Sharon s'apprête à passer sa dernière journée sauf accord de dernière minute, les ministres travaillistes étant décidés à démissionner. Le ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer, également président du parti travailliste, a répété lundi soir que le refus du Premier ministre d'accéder à ses demandes de modification du budget entraînerait le départ des ministres de son mouvement, mercredi, juste avant la mise aux voix à la Knesset. Ne laissant d'autre alternative à Ariel Sharon que de tenter de bâtir une nouvelle équipe ou d'appeler le peuple d'Israël aux urnes pour renouveller le parlement et se choisir un nouveau chef de gouvernement.
Des pourparlers discrets seraient en cours, mais le différent semble insoluble. Ni le désaccord sur la conduite à tenir avec les Palestiniens, ni les positions du Likoud sur les colonies, ni les opérations coup de poing de l'armée, ni les injures de l'extrême-droite ne seront parvenus à persuader les ministres israéliens travaillistes de quitter le gouvernement. Le point de rupture est le budget 2003, accordant d'importantes lignes aux colonies, mais réduisant les crédits des retraites et de l'éducation. Ariel Sharon, de son côté, a affirmé que les demandes des travaillistes étaient inacceptables.
Le Shass prédit de nouvelles élections
D'ores et déjà, le puissant parti orthodoxe Shass, qui constitue la troisième force politique de la Knesset, se prépare ouvertement à des élections anticipées. Sur Radio Israël, son dirigeant Eli Yishai a estimé que, même si Ariel Sharon parvenait à assembler une coalition étroite après le départ des travaillistes, celle-ci n'avait pas de réelle espérance de vie. Ni l'extrême-droite, ni le parti centriste ne semblent prêts à se joindre au groupe du Likoud, minoritaire à l'assemblée. Selon Yishai, un nouveau scrutin est inévitable, après lequel, a-t-il prédit, les travaillistes se joindraient une fois de plus à un gouvernement d'union nationale. Les derniers sondages donnent en effet le Likoud vainqueur d'une élection qui se tiendrait aujourd'hui, tandis qu'au sein des deux grands partis en lice, Ariel Sharon devancerait à droite Benyamin Netanyahu et le maire de Haïfa Amran Mitzna devancerait Benyamin Ben Eliezer à gauche.
Bien décidé à faire chuter le cabinet Sharon ou à obtenir gain de cause, Ben Eliezer a appelé les 17 députés du Shass à voter également contre le budget, mercredi à la Knesset. "Si le Shass abandonnait les pauvres au profit des colonies, a-t-il déclaré, il n'aurait plus aucune raison d'être comme parti social." Or, Ariel Sharon, dont le parti accuse Benyamin Ben Eliezer d'avoir créé une "crise artificielle" dans la perspective des primaires travaillistes du 19 novembre, a prévénu que "ceux qui ne votent pas ce budget ne peuvent faire partie du gouvernement."
90 jours pour appeler Israël aux urnes
Ariel Sharon pourrait tenter d'élaborer une coalition avec l'extrême-droite. Mais il y a peu de chances que cette tentative annoncée aboutisse. En cas d'impossibilité de former une équipe gouvernementale, la législation israélienne impose au Premier ministre de demander au chef de l'Etat de dissoudre le parlement et d'appeler à un nouveau scrutin général dans les 90 jours. Le bureau d'Ariel Sharon a même commencé à proposer les portefeuilles laissés vacants par la gauche à des personnalités politiques susceptibles de se rallier à ses positions. L'ancien chef d'état-major de Tsahal Shaul Mofaz serait ainsi présenti pour prendre la direction du ministère de la Défense, tandis que le maire de Jérusalem Ehud Olmert se verrait proposer les Affaires étrangères.
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