© INTERNEA 17 heures 55, heure d'Israël, le ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer a remis sa lettre de démission au Premier ministre Ariel Sharon, mettant un terme à suspense politique qui a fait croire un moment que le gouvernement d'union nationale pourrait être sauvé. Ben Eliezer a été suivi moins d'une heure plus tard par le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres et le ministre de la Culture Matan Vilnaï. Les autres ministres de gauche du cabinet Sharon, qui avait accédé au pouvoir en février 2001, ont également quitté le gouvernement dans les heures ont suivi. Leur démission sera effective à compter de vendredi soir.
Sans les ministres issus du parti de la gauche historique israélienne, qui détenaient des portefeuilles importants, il ne reste plus d'autre alternative à Ariel Sharon que de constituer un gouvernement minoritaire avec une extrême-droite qui a d'ores et déjà émis des doutes sur sa participation ou d'appeler le peuple d'Israël aux urnes pour des élections anticipées
(Lire notre article : "Ce qui attend Ariel Sharon").Moins d'une demi-heure avant l'ouverture de la session de vote par la Knesset, deux avocats mandataires du Parti travailliste et du Likoud s'étaient pourtant mis d'accord sur une formule de compromis, après avoir travaillé quasiment toute la nuit, évitant sur le papier la chute du gouvernement. Ariel Sharon et Benyamin Ben Eliezer s'étaient immédiatement réunis pour rédiger l'accord final. Après plus de deux heures d'une discussion tendue, les deux hommes ne sont parvenus à aucun accord, malgré les efforts du ministre des Affaires étrangères Shimon Peres. D'après des sources politiques israéliennes, il semble que le point d'achoppement ait été simplement l'insertion dans l'accord du terme "colonies", ce que le chef du Likoud a catégoriquement refusé.
Les orateurs à la tribune
Aux alentours de 19 heures, Benyamin Ben Eliezer s'est adressé à ses collègues députés, pour leur affirmer qu'il était certain que le Premier ministre et son ministre des Finances, membre du Likoud, accèderaient à ses demandes, estimant en outre qu'il était intolérable qu'il y ait "des dizaines de milliers d'enfants affamés dans les rues d'Israël en 2002". A ses yeux, la situation des travaillistes était devenu intenable. "Nous sommes restés silencieux jusqu'ici parce que nous préférions préserver l'unité, a-t-il expliqué, mais il n'y a désormais d'autre choix que de prendre [de l'argent] sur les colonies", faisant référence à l'opposition farouche de son parti à la réduction, dans un budget d'austérité, des crédits alloués aux aides aux plus démunis, alors que les colonies de peuplement voient leur ligne budgétaire maintenue au niveau de l'équivalent de 150 millions de dollars.
Le Premier ministre est ensuite monté à la tribune, peu avant 19 heures 30 locales, pour affirmer que "tout le monde avait essayé de convaincre les travaillistes (...) de faire la différence entre l'économie et la politique". Ariel Sharon a en outre estimé qu'une gouvernement d'union nationale était à ses yeux "le moyen le plus rapide pour obtenir des avancées sur la voie diplomatique". L'orateur suivant était Yossi Sarid, dirigeant du parti de l'opposition de gauche Meretz, qui a salué "la bonne décision" des travaillistes, tout en jugeant que ceux qui voteraient le budget en l'état étaient "des irresponsables".
Peu avant 20 heures locales, les députés ont voté en première lecture le projet de budget, avec 67 voix pour, 45 contre et 2 abstentions. La droite nationaliste d'Ariel Sharon semble donc disposer d'une majorité pour faire adopter son budget, ce qui lui permettrait en théorie de gouverner jusqu'au terme de son mandat, en octobre 2003. Il reste à la Knesset d'examiner le budget en deuxième et troisième lecture, avant que celui-ci soit officiellement adopté. Et une motion de censure a d'ores et déjà été déposée au bureau de la présidence du parlement au nom du Meretz et sera discutée lundi prochain. Mais plusieurs ministres du Likoud ont émis des doutes sur la capacité d'Ariel Sharon à gouverner en s'appuyant sur les partis ultra-religieux et l'extrême-droite, dans un contexte économique difficile et une situation sécuritaire violente. Et il n'est pas sûr non plus qu'Ariel Sharon ne souhaite pas faire reconduire la droite au gouvernement par un vote populaire, alors que les sondages la donne victorieuse face aux travaillistes.
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