© INTERNELe gouvernement d'Ariel Sharon, pourtant habitué des ripostes militaires rapides et spectaculaires, n'a toujours pas arrêté sa réponse à l'acte terroriste le plus meurtrier commis en Israël depuis le mois de juin. Seule incursion recensée mardi soir, une "opération ponctuelle" à Rafah, où des blindés israéliens ont pénétré de cinq cents mètres et détruit une maison. Les maisons de Palestiniens auteurs d'attentats plus anciens ont également été détruites, après avoir été évacuées.
Le fiasco, le mois dernier, du siège militaire de la Mouqataa de Ramallah où est retranché le président Yasser Arafat, a certes échaudé le Premier ministre israélien. Mais des motivations bien plus politiques semblent être à la base de cette retenue inhabituelle pour un gouvernement qui a juré de rendre coup pour coup à toute agression.
Ménager Washington
Il semble que, à la veille de la venue du secrétaire d'Etat adjoint américain pour le Proche-Orient William Burns, l'Etat hébreu ne souhaite pas prendre d'initiatives brutales, propres à irriter la communauté internationale. Et à mettre en porte-à-faux les Etats-Unis, jamais à court d'une réprimande depuis que le président George W. Bush a décidé de fédérer le maximum d'alliances en vue d'une éventuelle action militaire contre l'Irak.
De plus, William Burns, qui a commencé mercredi la visite d'une douzaine de pays de la région, est porteur de la "feuille de route" (roadmap) mise au point par l'administration américaine, en vue d'un règlement final du conflit israélo-palestinien d'ici 2005. Enfin, peut-être sera-t-il également question, lors du séjour de William Burns en Israël, du discret accord en discussion sur un soutien économique américain de plusieurs dizaines de milliards de dollars promis par George W. Bush, en échange d'une retenue de l'Etat d'Israël s'il était attaqué par l'Irak, comme en 1991.
Tous ces éléments auraient donc déterminé Ariel Sharon a ne rien précipiter. Du reste, le gouvernement d'Israël n'en fait pas mystère. "Il y a ceux qui disent que nous devons réagir immédiatement et avec force, a déclaré sur les ondes de Galei Tsahal le ministre de l'Intérieur Eli Yishai. D'un autre côté, nous pourrions causer des difficultés aux Américains." C'est ainsi qu'Israël a fait savoir qu'il apporterait une réponse appropriée et ciblée, "au moment et à l'endroit qui sera utile à ses intérêts", selon une source gouvernementale anonyme. La radio militaire a également affirmé que le ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer avait déclaré que les Forces de défense israéliennes répliqueraient au carnage commis par deux kamikazes du Jihad islamique à un moment et un endroit appropriés, de manière à ce que le message soit bien compris.
Saboter le processus diplomatique
Autant de précautions de langage qui laissent penser qu'à l'approche du rendez-vous crucial des inspecteurs de l'ONU et du régime irakien, l'Etat d'Israël souhaite être loyal à la parole donnée aux Etats-Unis. D'ailleurs, un porte-parole d'Ariel Sharon, Avi Pazner, a estimé que l'attentat de Pardes Hanna avait été perpétré en vue de saboter la venue de William Burns, affirmant que "pas moins de sept ou huit tentatives d'attentats" avaient été déjoués par le Shin Beth "ces derniers jours".
En outre, Ben Eliezer, à qui Ariel Sharon a donné "carte blanche" pour lancer une réplique selon son collègue Eli Yishai, a estimé que l'attentat rappelait la nécessité "ultime" pour les Israéliens et les Palestiniens de parvenir à réactiver un processus diplomatique. Une vision que partage le chef de la diplomatie israélienne Shimon Peres, en visite au Luxembourg, pour qui, si Israël "ne peut pas fermer les yeux sur les actes de terreur", la solution du conflit ne saurait être que "politique".
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