© INTERNEAu deuxième jour de la prise d'otages spectaculaire d'un théâtre et de ses spectateurs par un commando tchétchène, le Kremlin a décidé le muselage de deux médias indépendants. Le ministère russe de l'Information a en effet publié, vendredi en fin de journée, un avis d'interdiction de diffusion pour la chaîne de télévision moscovite Moskovia TV. Il a de plus transmis au ministère des Télécommunications une demande d'interdiction du site Internet de la radio indépendante Echo de Moscou. Ces deux médias subissent les foudres du pouvoir pour avoir relayé la parole des preneurs d'otages tchétchènes, retranchés depuis mercredi. Officiellement, il s'agit de violations de la loi sur la lutte contre le terrorisme et de la loi sur l'information. Le gouvernement est ensuite revenu sur sa décision de fermer le site après le retrait des propos de membres du commando.
Une vieille habitude du conflit avec les médias
Mais la relation conflictuelle du Kremlin poutinien et des médias indépendants ne date pas d'aujourd'hui. Après avoir poussé dans les bras de la justice ses anciens mentors "oligarques" (ces magnats industriels de l'ère post-communiste qui détenaient l'essentiel des leviers économiques de la Russie), Vladimir Poutine s'est attaqué à leurs possessions. Et il s'est avéré que la plupart des empire industriels, qui n'avaient encore aucun lien avec Poutine ou ses proches, comprenaient des organes de presse, dont les rédactions se faisaient un plaisir d'abîmer la façade lisse et consensuelle que le Kremlin souhaitait voir règner. La raison en était double : à la fois les journalistes qui les composaient avaient carte blanche pour mettre au jour ce que le gouvernement voulait cacher. Et leurs patrons se vengeaient ainsi de la trahison du nouveau maître du Kremlin, qu'ils estimaient avoir hissé au sommet du pouvoir.
Dès les premiers mois de la guerre en Tchétchénie, Poutine avait ainsi accusé les rares médias qui osaient des critiques contre l'opération des forces fédérales d'être complices des "terroristes", parce qu'ils n'utilisaient pas le vocabulaire adéquat. Son gouvernement était même allé jusqu'à interdire aux médias russes de relayer les propos du président tchétchène Aslan Maskhadov ou de ses proches, malgré le fait que la plupart des journaux et des télévisions présentaient, sans contrainte, la guerre sous un aspect favorable au Kremlin.
Répression contre l'insolence
Seules exceptions dans cette belle unanimité : les reportages d'Andreï Babistky sur Radio Svoboda, ceux d'Anna Politovskaïa dans Novaïa Gazeta, quelques sujets sur la chaîne de l'ancien oligarque Goussinski NTV et Echo de Moscou. Or, Babitsky a été enlevé par les forces russes, avant de faire l'objet d'un pseudo-échange contre des prisonniers avec des rebelles tchétchènes non-identifiés, puis d'être libéré, inculpé, jugé et assigné à résidence à Moscou. NTV, passé d'autorité dans le giron du Kremlin, a été arraché au groupe Goussinski malgré les protestations de son personnel, puis purgé. Anna Politovskaïa a quant à elle fait l'objet d'une campagne de calomnies.
Au début de l'année, le géant gazier Gazprom, proche du Kremlin, qui détient 1.500 parts du capital de la radio Echo de Moscou, avait cherché à modeler l'équipe éditoriale dirigeante à son image. Aujourd'hui, même si la sanction est limitée, la radio fait les frais de son insolence, alors même qu'elle était devenu une source d'informations importante pour les médias internationaux.
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