© INTERNELe terrorisme est-il une forme de combat légitime ou un crime contre l'humanité ? En plus du vice de procédure, la défense de Marwan Barghouti, assurée par des avocats palestiniens ainsi que par l'avocate française Gisèle Halimi, avance des arguments plus politiques pour s'élever contre sa détention et son jugement. Non seulement l'accusé dément avoir été le chef des "Brigades" qui ont souvent semé la mort en Israël, mais il a au contraire la réputation d'avoir de longue date défendu l'idée d'une coexistence pacifique entre un Etat d'Israël sûr et d'une Palestine souveraine. Protégé du président palestinien Yasser Arafat, il est considéré comme un "partisan du dialogue et un partenaire pour la paix", comme l'a souligné mercredi le président de la FIDH Michel Tubiana.
Emprisonné deux fois en Israël, il a certes été l'un des fers de lance du premier soulèvement palestinien, mais a par la suite mené une carrière politique brillante, marquée par une forte intelligence politique et un charisme chaleureux, des contacts étroits avec le camp de la paix et son opposition aux intégristes rêvant de détruire l'Etat juif.
Son ami Raji Sourani, président du Centre palestinien pour les droits de l'homme de Gaza et vice-président de la FIDH, rappelle que "de nombreux responsables politiques israéliens — et non des moindres — sont souvent venus lui rendre visite, chez lui à Ramallah, avec beaucoup de respect." Aux yeux de ses défenseurs, son arrestation "illégale" et son jugement selon "la loi des vainqueurs", dans un contexte de crise aigue, n'en sont donc que plus symboliques. Et si l'on évoque devant Raji Sourani les accusations de "terrorisme" avancées par la justice israélienne, la réponse est nette. "D'abord je connais plusieurs ministres israéliens qui tiennent quotidiennement des propos bien plus violents que ceux qu'a pu tenir Marwan, s'irrite-t-il. Ensuite, le droit international reconnaît la légitimité de la résistance à l'occupation. Que faut-il que l'on fasse ? Qu'attend le monde des Palestiniens ? Que l'on meure en silence ?"
Les "Brigades" l'ont reconnu comme chef
Mais c'est précisement cela qu'Israël ne peut supporter. Mourir soi-même pour tuer un maximum de civils est inexcusable. Le terrorisme est un crime contre l'humanité, estime l'Etat d'Israël, qui s'appuie lui aussi sur des textes de droit international. Et Marwan Barghouti, même s'il a parfois tenté de rediriger ses combattants vers des cibles militaires, n'en a pas moins, écoutes téléphoniques à l'appui, fourni un soutien logistique et financier aux "Brigades" de sinistre réputation, lesquelles d'ailleurs l'ont publiquement présenté comme leur chef.
Dans une situation où les villes d'Israël sont frappées par ces actes unanimement condamnés, même par les défenseurs de Barghouti, et par l'hostilité de pays voisins qui lui ont déjà fait la guerre, le gouvernement d'Ariel Sharon a, de plus, la volonté de montrer qu'on ne s'attaque pas impunément à sa population. Cette vieille idée héritée des luttes pour la survie menées par le père fondateur David Ben Gourion est doublée de la volonté politique de la droite israélienne d'accorder certes un Etat aux Palestiniens, mais lorsque celui-ci ne constituera plus une menace. C'est en ce sens qu'Ariel Sharon tente à tout crin de se débarasser de Yasser Arafat, de destructurer la société politique palestinienne et de ne lui permettre de se reconstruire qu'à la condition qu'il soit neutralisé comme ennemi. Mais à quel prix ? demandent ses opposants.
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