Peut-on juger Barghouti ?

Par Léonard VINCENT, le 03 octobre 2002 à 00h00 , mis à jour le 02 octobre 2002 à 18h33

Le procès du leader palestinien Marwan Barghouti s'ouvrait ce jeudi devant une cour du district de Tel-Aviv. Procès politique ou affaire criminelle ordinaire ? Cet homme politique charismatique est-il un symbole de l'oppression israélienne ou un vulgaire chef terroriste ?

Photo : Havakuk LEVISON (AFP) © INTERNE

Aux yeux de nombreux Israéliens, le terrorisme c'est lui, Marwan Barghouti. Une cour civile de Tel-Aviv a ouvert la première audience de son procès, jeudi, malgré les protestations venues de l'étranger ou du camp de la paix israélien. Accusé de "meurtres, complicité de meurtre, tentatives de meurtre, participation à une organisation terroriste, détention d'armes et d'explosifs", le secrétaire général du Fatah pour la Cisjordanie risque la prison à vie. L'Etat d'Israël l'accuse d'avoir été le chef des "Brigades des martyrs d'al-Aqsa", un groupe terroriste issu du Fatah et de son organisation combattante, les Tanzim, dont Barghouti, un vétéran des luttes étudiantes des années 80, était le leader.

Mais il faut se rendre à l'évidence : on ne peut évoquer le cas de ce leader aimé du peuple arabe sans finir par débattre de la situation globale du conflit israélo-palestinien, des raisons qui s'opposent et des moyens employés. Et même si la justice israélienne estime qu'il ne s'agit que d'une affaire criminelle ordinaire, son procès a valeur de symbole. Pour les uns, Marwan Barghouti est un petit Ben Laden de Cisjordanie. Pour les autres, il est un Nelson Mandela de la Palestine.

ARRESTATION OU ENLEVEMENT. Ses défenseurs n'ont pas à chercher très loin pour exiger sa libération. Il leur suffit de piocher dans les textes du droit international. Selon eux, en premier lieu, si l'armée israélienne l'a été arrêté le 15 avril 2002 à Ramallah munie d'un mandat, Marwan Barghouti a pourtant été appréhendé dans un secteur que les accords d'Oslo ont placé sous souveraineté de l'Autorité palestinienne. En vertu des textes existants, son arrestation est donc assimilable à un enlèvement, Israël n'ayant en outre pas compétence pour juger un Palestinien, même si les crimes ou délits commis l'ont été sur le territoire de l'Etat hébreu. Qui plus est, son statut de député devrait lui garantir une immunité parlementaire que seul l'appareil d'Etat palestinien pourrait lui retirer le cas échéant.

Mais le Premier ministre Ariel Sharon, qui maintient officiellement "l'état de guerre" sur son territoire, n'a jamais caché sa répudiation des accords d'Oslo, la partie palestinienne ayant brisé le contrat en s'engageant sur la voie de la violence armée et du terrorisme en pleine période "transitoire" de négociations. Et s'il fallait une preuve que l'Autorité palestinienne a bel et bien commis des actes de guerre, le gouvernement d'Israël pourrait produire nombre de preuves prouvant l'implication de militaires, de policiers ou de politiciens palestiniens dans des actes de terrorisme contre lesquels l'Etat hébreu est obligé d'agir.

Mais par ailleurs, estime les défenseurs de Barghouti, alors qu'il avait été initialement interrogé dans la prison "Moscobiya" de Jérusalem, un complexe pénitentiaire datant du mandat britannique, il a récemment été transféré dans un établissement situé au-delà de la "Ligne Verte" de cessez-le-feu de 1967, en violation de la Convention de Genève, qui interdit le transfert d'un détenu sur le territoire de l'occupant. Vœux pieu, répond Israël, qui constate l'impotence de la justice palestinienne, sa complicité avec les pires éléments de la société arabe et sa soumission corrompue à des pressions très politiques. Depuis l'irruption de l'Intifada des mosquées, la justice palestinienne n'a en effet été capable que d'expédier des condamnations à mort pour "collaboration avec Israël" et ne s'est jamais attaquée, comme les accords d'Oslo l'exigeaient, aux groupes terroristes.

TORTURE OU ISOLEMENT PROCEDURAL. Enfin, de nombreuses organisations des droits de l'Homme, y compris israéliennes, ont maintes fois dénoncé l'utilisation de formes de torture et de pressions psychologiques, dont Barghouti aurait été lui aussi victime. Des accusations que le ministère israélien de la Justice juge laconiquement "infondées" dans une lettre adressée à la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) en date du 11 juin 2002, dont tf1.fr détient une copie. Deux plaintes ont été déposées depuis son arrestation devant la Haute cour de justice, fait valoir le ministère, au nom du détenu, sur sa prétendue privation de sommeil d'abord et sur les conditions de sa détention ensuite. La conclusion de la haute juridiction israélienne était, dans les deux cas, que les plaintes n'étaient pas justifiées et que Barghouti était "détenu dans des conditions raisonnables" et qu'il "paraissait être dans un état de santé satisfaisant".

Barghouti est-il un terroriste ?

La défense de Marwan Barghouti avance des arguments plus politiques pour exiger sa libération. Mais Israël ne veut rien entendre, qui refuse de transiger avec le terrorisme.
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Par Léonard VINCENT le 03 octobre 2002 à 00:00
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