Présidentielle brésilienne : le phénomène "Lula"

Par Franck LEFEBVRE, le 03 octobre 2002 à 07h00 , mis à jour le 02 octobre 2002 à 17h54

La campagne présidentielle a pris fin jeudi au Brésil. Favori des sondages, le leader du Parti des Travailleurs a su atténuer sa rhétorique très à gauche et convaincre une partie des milieux financiers.

bresil presidentielle lula © INTERNE

Le nom du favori de l’élection présidentielle brésilienne, dont le premier tour aura lieu ce dimanche, ne fait de doute pour personne. Plébiscité par les sondages, Inacio Lula da Silva, dit "Lula", totalise près de 45% des intentions de vote. Après trois échecs à la présidentielle, cet ancien ouvrier tourneur, leader du Parti des Travailleurs, ose même rêver d’une victoire au premier tour. Pour des millions de Brésiliens, il incarne l’espérance d’un complet renouveau de la vie politique brésilienne.

Son passé de militant plaide pour lui, dans un pays qui a vu les inégalités s’accentuer dramatiquement avec l’ouverture économique, les privatisations et le creusement de la dette extérieure. Il sait galvaniser les foules, comme en témoigne l’affluence à ses meetings électoraux – et particulièrement au dernier d’entre eux, mardi à Sao Bernardo dos Campos, berceau des grandes grèves des années 1970, à la fin de la dictature militaire. Des milliers de sympathisants l’y ont accueilli aux cris de "Brasil urgente, Lula presidente (Brésil c'est urgent Lula président), dans des rues envahies de drapeaux frappés à l'étoile rouge du PT. L’engouement est réel – même si, curieusement, "Lula" suscite toujours des réticences parmi les milieux populaires, qui ne croient pas qu’un candidat issu de leurs rangs et dépourvu du moindre diplôme puisse les gouverner sans les trahir…

Le revirement des milieux d’affaires

Mais "Lula", en fin manœuvrier de la politique brésilienne, a aussi su, au fil de la campagne, estomper son image de gauchiste, pour se présenter comme un candidat plus modéré. Il garde la sympathie des ouvriers, auxquels il promet créations d'emplois et relance de l'industrie, affirmant qu’il n’a rien oublié de l'époque où il militait à la porte des usines. Mais pour atténuer la méfiance des milieux d’affaires, il a indiqué qu'il respecterait les engagements du Brésil, notamment le paiement de la dette et les contraintes imposées par le FMI en échange du prêt de trente milliards de dollars sur 15 mois accordé en septembre dernier. Conséquence : une partie du milieu des affaires brésilien s'est ralliée à lui.

Son rival le plus proche, José Serra, du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, centre gauche), reste loin derrière, entre 18 et 19%, selon les sondages. Soutenu par la coalition au pouvoir du président Fernando Henrique Cardoso, cet ex-ministre de la Santé a la préférance des marchés financiers car il représente la poursuite de l’actuelle politique économique. Malgré l’ascension de "Lula" dans les sondages, il se dit "convaincu que nous serons au deuxième tour".

Les challengers

Au coude-à-coude pour la troisième place dans les sondages : l’ancien ministre des Finances de centre-gauche, Ciro Gomes ; et l’ancien gouverneur de l'Etat de Rio de Janeiro, Anthony Garotinho. Le premier, fils et petit fils d'homme politique, soutenu par les puissantes oligarchies du nord-est, est ouvertement convaincu de son "destin national". Jeune, ambitieux, il est candidat pour la deuxième fois à une élection présidentielle, à la tête d’une coalition hétéroclite, le Front Travailliste (FL), qui regroupe plusieurs petits partis : le Parti Populaire Socialiste (PPS, ex Parti Communiste du Brésil, PCB), le Parti Démocrate Travailliste (PDT, gauche populiste de Leonel Brizola), et le PTB (Parti Travailliste Brésilien, droite populiste). Le second, plus jeune de tous les candidats à l'élection, est un ancien marxiste qui proclame haut et fort avoir rencontré Dieu. Candidat pour le Parti Socialiste Brésilien (PSB, gauche), évangéliste membre de l'Eglise Presbytérienne Lumière du Monde, il ne consacre pas moins d'une page entière de son site officiel sur internet au récit de sa conversion.

Photo d’ouverture : Luiz Inacio Lula da Silva, dit "Lula", lors de son dernier meeting - AFP

Par Franck LEFEBVRE le 03 octobre 2002 à 07:00
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