© INTERNEAux yeux d'Ariel Sharon, collaborer avec le Parti travailliste présentait plusieurs avantages. D'abord, confier la diplomatie israélienne à une figure historique aussi respectée que Shimon Peres donnait à son gouvernement une légitimité internationale, la sienne propre étant singulièrement écornée par sa réputation de guerrier brutal acquise au Liban. Ensuite, en situation critique, les Israéliens ont un réflexe d'union, la plupart d'entre eux étant persuadés que le pays est cerné par des peuples décidés à les "rejeter à la mer" et qu'il y va de la survie même de l'Etat. Enfin, un calcul plus politique lui faisait préférer la coopération quotidienne avec un grand parti de centre-gauche bien structuré, plutôt qu'avec de petits partis remuants et capricieux comme ceux qui forment l'extrême-droite.
Mais Shimon Peres, consulté dès mercredi soir pour rejoindre à nouveau le gouvernement, a décliné la proposition. Il a tout de même fait savoir qu'il terminerait son mandat, dont certains disent qu'il pourrait être le dernier de sa carrière, en rencontrant le négociateur palestinien Saëb Erekat et le conseiller pour la sécurité du président Arafat, Mohamed Dahlan. Quoi qu'il en soit, les travaillistes ont décidé de partir et de pousser Sharon à convoquer des élections, même si, en l'état, ils sont assurés de perdre. Le bureau de Benyamin Ben Eliezer a d'ailleurs fait savoir que des contacts avaient été pris avec les autres partis représentés à la Knesset, afin de fixer la date des prochaines élections. Car, comme le pense une partie de la base de gauche du parti, mieux vaut perdre les élections que son âme. Mais, du côté du bureau d'Ariel Sharon, des pourparlers ont également commencé, dès avant la démission des travaillistes, pour qu'un nouveau gouvernement puisse être mis en place jusqu'au terme de son mandat, en octobre 2003.
De l'art de gouverner avec ses ennemis
Or, une alliance avec l'extrême-droite paraît à la fois difficile à tenir et dangereuse à gérer. Certes, le Premier ministre s'est assuré la mainmise sur l'armée, en réservant le poste de ministre de la Défense à l'ancien chef d'état-major Shaul Mofaz, qui présente le double avantage de souhaiter rejoindre le Likoud et de partager les vues d'Ariel Sharon sur la sécurité. Mais les autres portefeuilles sont encore à distribuer et le chef du Likoud ne pourra pas faire l'économie d'une entente avec le parti des ultra-nationalistes russophones de l'Union nationale-Israël Beitenu et de son chef, le tumultueux Avigdor Lieberman, ainsi qu'avec les Ashkénazes ultra-religieux du parti du Judaïsme unifié de la Torah, sans lesquels aucune majorité n'est possible au sein de la 15ème Knesset, actuellement en exercice.
Si Lieberman, dont le vocabulaire belliqueux et les pratiques brutales l'avaient fait exclure du Likoud en 1997, a publiquement juré de faire tomber Sharon, certains membres de son parti sont toutefois favorables à un retour au gouvernement. Lierberman, ministre des Infrastructures, n'a pas cessé d'entrer et de sortir du gouvernement précédent, depuis son accession au pouvoir jusqu'au mois de mars dernier, après qu'il eut accusé Sharon d'avoir "choisi la gauche" et de ne pas frapper le terrorisme. Mais ce tribun natif de l'ex-URSS, résidant la colonie de Nokdim, a aussi été en son temps l'un des proches alliés de Benyamin Netanyahou, lequel est sur les rangs au sein du Likoud pour déborder Ariel Sharon sur sa droite et prendre, à sa place, la tête du prochain gouvernement. De fait, des sources proches d'Ariel Sharon ont indiqué jeudi que, pour l'instant, le Premier ministre n'avait pas l'intention de négocier quoi que ce soit avec Union nationale-Israël Beitenu.
Un gouvernement qui ne serait pas présentable
De leur côté, les autres formations du centre-droit et de l'extrême-droite pourraient accepter certains postes et leur soutien au gouvernement, et ce à peu de frais. Les sépharades du Shass, troisième force politique du pays, ont ainsi fait partie de la plupart des récents gouvernement. La vraie difficulté consiste à rallier le parti Shinouï. D'une part, en regard de leur volonté de contrer l'influence des ultra-religieux dans la société, ces centristes laïques refuseront sans doute de siéger dans un gouvernement comportant des membres de l'extrême-droite religieuse. Et, d'autre part, ses cadres issus de la gauche ne cachent pas leur détestation d'Ariel Sharon.
Autant dire que les tractations engagées sont, sur le papier, fort hasardeuses. D'autant qu'un gouvernement de l'Etat d'Israël unissant la droite nationaliste et une extrême-droite parfois fanatique pourrait détériorer sérieusement les alliances internationales de l'Etat hébreu, notamment avec les Etats-Unis. Et achever de persuader les pays arabes que les Israéliens ont choisi l'option guerrière.
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