© INTERNEDes intentions au passage à l'acte, il y a un gouffre que le monde francophone, en 50 ans d'efforts, n'a pas encore franchi. Le risque est donc grand pour le IXe Sommet de la Francophonie qui s'est ouvert ce vendredi à Beyrouth d'apparaître comme une enième parade pour feindre une unité et une vision commune qui, dans les faits, se résument à un catalogue de vœux pieux. Le président français Jacques Chirac et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) présidée par Boutros Boutros-Ghali ont donc fort à faire pour transformer la francophonie en puissance politique, dans un contexte international marqué par la rupture des équilibres et la psychose sécuritaire.
Climat dégradé dans la francophonie
Au sein même des 55 Etats et gouvernements francophones qui participent au sommet, l'ordre ne règne pas encore. La Déclaration de Bamako, signée sous les applaudissements des ONG en novembre 2000, devait consacrer l'engagement des pays signataires envers "la promotion d'une culture démocratique intériorisée et le plein respect des droits de l'Homme". Mais cette formule ne pouvant rester au stade de la bonne intention, l'OIF s'était alors dotée d'un mécanisme de surveillance et de sanctions, en cas de violations graves des droits humains ou de rupture avec le système démocratique.
Or, par exemple, ni en Côte d'Ivoire, ni en Haïti, ni en Tunisie, ni au Liban, la situation ne s'est améliorée, "loin s'en faut", notait jeudi la Fédération internationale de droits de l'Homme (FIDH) dans un communiqué. "La Francophonie, soulignait encore la FIDH, a surtout brillé par son absence d'initiative concrète pour remédier effectivement aux situations de violations graves des droits de l'Homme."
Paralèllement, l'organisation Reporters sans frontières (RSF) rappelait jeudi que depuis le dernier sommet de Moncton, au Canada, en 1999, la situation de la liberté de la presse s'était "dégradée" dans le monde francophone, allant jusqu'à demander la suspension de la Guinée équatoriale, du Laos, de la Tunisie et du Vietnam pour leur repression grossière et l'impunité dont ces Etats se targuent. Une situation paradoxale, pour qui sait que la première organisation francophone de l'histoire qui a vu le jour en 1950 était l'Union internationale des Journalistes et de la Presse de Langue Française (UIJPLF).
Enfin, le fait que le sommet soit organisé à Beyrouth, capitale d'un Liban encore sous occupation syrienne, n'est pas fait pour rassurer des ONG très remontées contre l'OIF. S'il est en effet notable que le sommet se tient pour la première fois dans le monde arabe, il reste que l'autoritarisme croissant des autorités libanaises, sous tutelle de Damas, à l'encontre de la puissante communauté maronite ou des réfugiés palestiniens, inquiètent la FIDH, qui souligne les "lourdes menaces pour les libertés civiles et politiques" du climat actuel. Et de fait, Jacques Chirac a jeudi appelé au "retrait complet" des forces syriennes du Liban, conformément aux accords de Taëf qui ont mis fin à la guerre civile en 1990.
Une autre diplomatie est une chance
Toutefois, la Francophonie pourrait profiter de la situation internationale pour affirmer son rôle. En premier lieu, à Bamako, les Etats francophones s'étaient engagés à soutenir la Cour pénale internationale (CPI), dont les Américains s'efforcent depuis des mois de se dédouaner, en signant des accords d'impunité pour ses ressortissants avec de nombreux pays. Or, à ce jour, seuls 19 Etats francophones, sur les 55 que compte l'organisation, ont ratifié les statuts de la CPI. Totalement inaudible au Proche-Orient, il pourrait au moins s'agir pour la France de relever ce défi, de manière à fédérer les bonnes volontés face au rouleau compresseur de Washington.
De plus, depuis quelques semaines, la France fait valoir au Conseil de sécurité de l'ONU, une position intransigeante face aux oukases américains, ce qui ne déplaît pas au monde musulman et à l'Afrique. Une posture originale, faite de strict légitimisme et de fermeté, pourrait constituer une visée commune pour les pays francophones. Elle semble en outre avoir fait la preuve de son efficacité, Washington semblant sur le point de se ranger à l'avis de la France au Conseil, après deux semaines de palabres complexes
(Lire notre article). Mais encore faudrait-il que tous les pays francophones s'accordent à dire que l'ordre international se gère à l'ONU et que les traités sont signés pour être respectés. Ce qui n'est pas évident à faire admettre à de jeunes pays jaloux de leur souveraineté.Chirac pour "une éthique universelle" face à la mondialisation
Le président français a fixé aux pays francophones l'ambition d'inventer "une éthique universelle", en plaidant pour la diversité culturelle face à la mondialisation et la "logique du droit", à l'ouverture vendredi du sommet de la Francophonie. |
Ne dites plus "buzz" mais "ramdam"
Lancé sur internet, le concours "Francomot" proposait de traduire en Français cinq mots dont "chat", "newsletter" et "talk". Les résultats ont été dévoilés mardi.
Publié le 30/03/2010
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