© INTERNEUn calme étrange règnait mardi dans les territoires palestiniens et en Israël, alors que le Premier ministre Ariel Sharon et le bras droit de Yasser Arafat Abou Mazen vont se croiser au Kremlin. Le couvre-feu a même été levé jusqu'à la tombée de la nuit à Ramallah et Tulkarem, de sorte que les habitants puissent s'approvisionner.
Entre-temps, des snipers israéliens ont tout de même repris position autour du QG du président palestinien à Ramallah, pourtant libéré de l'étranglement que lui imposaient les blindés de Tsahal jusqu'au week-end dernier. Une opération d'ailleurs qualifiée de "sérieuse erreur" par le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres et d'autres ténors de la gauche, au grand dam des ministres de droite qui voyaient dans cette opération le début de l'exil pour Yasser Arafat. Une initiative dont, de l'aveu du ministère israélien de la Défense, les conséquences avaient été mal évaluées."Quelques mois" pour en finir avec la terreur
Mais s'il est désormais officiel que ce sont les pressions américaines qui ont fait reculer le cabinet Sharon, celui-ci n'en a pas pour autant renoncé à son exigence principale : que la vingtaine d'hommes recherchés pour complicité avec le terrorisme et retranchés dans la Mouqataa de Ramallah se rendent à sa police. Les snipers de Tsahal ont précisement été placés autour du complexe présidentiel en ruines, de manière à ce que ces hommes recherchés ne se mêlent pas à la foule ou aux 200 ouvriers qui ont commencé à déblayer les ruines et à préparer une reconstruction que tous souhaitent rapide.
Profitant sans doute du calme qui prévalait sur le terrain à la mi-journée, les responsables politiques israéliens et palestiniens ont fait valoir leur point de vue, alors que "l'Intifada des mosquées", démarrée il y a deux ans, a atteint un point critique. De son côté, face à la communauté juive de Moscou où il était en visite officielle, Ariel Sharon a estimé que la vague de terreur qui frappe Israël serait stoppée "dans quelques mois". Après quoi l'Etat hébreu, selon lui, engagerait "un processus diplomatique" de négociations avec la partie palestinienne.
Face au président russe Vladimir Poutine et à son chef de la diplomatie Igor Ivanov, Ariel Sharon n'en a pas moins répété qu'il considérait toujours Yasser Arafat comme étant "hors jeu, car personne ne le prend au sérieux", selon son porte-parole Ra'anan Gissin. En plus d'avoir échangé des informations confidentielles avec la présidence russe sur les activités des réseaux islamistes entre l'Irak, l'Iran et les territoires palestiniens, il a en outre reformulé sa demande de réformes de l'Autorité palestinienne, l'une des conditions sine qua non pour toute reprise des pourparlers sur la création d'un Etat palestinien.
"Nous avons assez d'hommes et d'armes"
Ce n'est pas un hasard si Yasser Arafat a dépêché le numéro deux de l'OLP Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, pour prendre le relais d'Ariel Sharon dans le bureau de Vladimir Poutine. Cet homme pragmatique et très respecté à l'étranger, farouchement opposé aux attentats suicide et à l'usage des armes, est chargé de présenter le point de vue palestinien à l'un des partenaires du "quartette" diplomatique (ONU, Russie, Etats-Unis, Union européenne) qui s'est juré de relancer le processus de paix.
Lundi, le chef du département de la Sécurité politique au Service central de renseignement palestinien, le général Mohammad Masri, a de son côté expliqué au Jerusalem post que l'Autorité palestinienne avait bel et bien engagé des réformes sérieuses de son appareil sécuritaire. Il s'en fallait d'un rien pour que le gouvernement palestinien obtienne des organisations terroristes un cessez-le-feu total, en juillet dernier. Mais l'assassinat par Tsahal du chef militaire du Hamas, Salah Chéhadé, avait fait échouer ce plan.
Désormais, face à l'absence "d'horizon politique et de perspectives", l'exécutif palestinien ne souhaite pas risquer une guerre civile. "Nous avons assez d'hommes et d'armes" pour maîtriser, par exemple, le puissant Hamas, a-t-il expliqué. Mais il n'existe pas de volonté politique des Palestiniens, qui n'ont pas de contrepartie à opposer à un mouvement, fut-il intégriste et meurtrier, mais dont l'implantation locale est profonde et ancienne, le Hamas ayant été assimilé à la société palestinienne bien avant l'OLP, maintenue en exil hors des territoires palestiniens jusqu'en 1994.
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