Amram Mitzna, l'espoir des travaillistes

Par Léonard VINCENT, le 20 novembre 2002 à 00h00 , mis à jour le 19 novembre 2002 à 18h24

Les travaillistes israéliens ont plébiscité Amram Mitzna. Le maire de Haïfa conduira donc la liste de la gauche historique aux élections du 28 janvier. Portrait d'un ancien officier de gauche devenu le nouveau visage d'un parti déboussolé.

Photo AFP © INTERNE

Donc, pour les travaillistes, l'espoir c'est lui, Amram Mitzna. Plébiscité à la tête du mouvement de la gauche historique israélienne avec 53,9% des voix, contre 38,2% et 7,9% à ses rivaux Benyamin Ben Eliezer et Haïm Ramon, le maire de Haïfa et la liste présentée par son parti affronteront l'équipe du Likoud, le 28 janvier prochain, lors d'élections législatives cruciales pour l'avenir d'Israël. "Allons ensemble de l'avant, a-t-il lancé en fin de soirée à ses partisans, au quartier général de son parti à Tel-Aviv. Allons ensemble contre le Likoud non seulement  pour changer le gouvernement, mais pour créer une autre réalité et une autre société dans l'Etat d'Israël. Le parti travailliste sait comment apporter la sécurité et la paix, comment  vivre en paix avec nos voisins et avec nos ennemis... Nous pouvons gagner !"

Le vieil ennemi d'Ariel Sharon

Pour l'heure, sa vie témoigne de ses convictions. Ce fils de kibboutznik ayant fui l'Allemagne nazie avant-guerre débarque à Haïfa à l'âge de huit ans. Entré dans l'armée, il participe à toutes les guerres livrées ou subies par l'Etat d'Israël.

En 1982, commandant la troupe lancée contre les groupes palestiniens au Liban, il critique l'attitude de franc-tireur de son ministre de la Défense, Ariel Sharon. Il estime que l'opération "Paix en Galilée" est une erreur. Et, lorsque Sharon minimise publiquement l'horreur des carnages commis à Sabra et Chatila, il demande à son chef d'état-major à être suspendu jusqu'à ce que le ministre démissionne. Furieux, Sharon lui signifie par téléphone qu'il doit immédiatement quitter l'armée. Mais il refuse, soutenu dans son intransigeance par le Premier ministre d'alors, Menahem Begin. Une commission d'enquête, sous l'impulsion de Mitzna, pousse finalement Sharon à la démission et à une dizaine d'années de silence.

Certains Israéliens se souviennent donc de cet officier massif, portant une barbe noire, en charge des Forces de défense israéliennes pour la région centre, lors de l'irruption de la première Intifada. La télévision le montre alors s'avançant, mains nues, vers les chebab qui lancent des pierres sur ses hommes pour leur parler. Reste que le général Mitzna, qui arbore alors ses trente ans de carrière militaire, n'hésite pas à réprimer durement les foyers d'insurrection palestiniens. Mais il sait également se montrer intraitable face aux ratonnades lancées par quelques colons qui haïssent ce "dangereux gauchiste".

Un plan pour la paix

Aujourd'hui, Amram Mitzna porte des lunettes, une barbe grisonnante et des chemises ouvertes. Ce n'est pas un homme à se masquer derrière des conseillers en communication ou une nuée de gardes du corps. Le Hamas l'a pourtant placé en 1998 sur sa liste noire de personnalités à kidnapper. Entré récemment en politique, il est depuis 1993 le populaire maire de la cité balnéaire de Haïfa, sous l'autorité de son modèle Yitzhak Rabin. Sa gestion de la "capitale du nord" s'est révélée être celle d'un dirigeant pragmatique, discret et droit, sa vision de l'Etat mêlant la sociale-démocratie à l'occidentale et un sionisme socialisant et fondé sur la coexistence pacifique.

S'agissant de la question palestinienne, le nouveau leader travailliste a récemment expliqué sa vision des choses, s'il venait à gagner les élections de janvier. Concrètement, il s'agirait, pour les négociateurs israéliens et palestiniens, de parvenir rapidement à un règlement global sur la base des "Paramètres Clinton" de décembre 2000, suivi de son application intégrale. Ou, en cas d'échec, du démantèlement des colonies de la bande de Gaza, des colonies isolées de Cisjordanie, d'un retrait des zones autonomes palestiniennes et de l'instauration d'une frontière continue face aux terres arabes, laissant la nouvelle Palestine se développer aux côtés d'Israël, mais sans son concours.

Un mise au point après vingt mois

S'il venait donc à affronter son vieil ennemi Ariel Sharon lors des élections du 28 janvier prochain, la campagne électorale promet donc d'être crispée, même si tous les sondages donnent le Likoud largement vainqueur. Toujours est-il qu'Amram Mitzna donne un visage net à un Parti travailliste déboussolé par la déroute d'Ehud Barak en février 2001 et sa participation plus ou moins floue au gouvernement d'union nationale. Mais son inexpérience nationale, le côté provincial dont il se réclame, ajoutés aux querelles internes de son parti et à la campagne de terreur qui meurtrit Israël, pourraient largement le desservir. Amram Mitzna pourrait ainsi n'être le leader des travaillistes que pour une bien salutaire cure d'opposition.

Par Léonard VINCENT le 20 novembre 2002 à 00:00
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