L'arsenal irakien est au fond du jardin

Par L.V., le 30 novembre 2002 à 16h26 , mis à jour le 29 novembre 2002 à 16h32

Des services de renseignement estiment que des composants essentiels de l'arsenal irakien pourraient être cachés chez des particuliers. De leur côté, les inspecteurs de l'ONU ont le pouvoir de mener des interrogatoires individuels.

grande-bretagne rapport blair sur l'irak © INTERNE

Des services de renseignement occidentaux sont persuadés que le régime irakien a caché des éléments de son arsenal chez des particuliers, loin des yeux des inspecteurs de l'ONU. Sur la foi des rapports de leurs agents sur place et d'écoutes téléphoniques, les quotidiens Times et Independent de Londres affirment que des scientifiques, des fonctionnaires et des militants du parti Baas ont été sommés de dissimuler chez eux des disques durs, des ordinateurs portables et des pièces industrielles démantelées précipitamment avant l'arrivée des limiers onusiens en Irak.

Des fermiers auraient même reçu l'ordre de stocker des containers d'agents chimiques au milieu de leurs bidons de pesticide. Les autorités irakiennes auraient enfin assorti ces ordres de dissimulation de menaces.

Des interviews pour dissiper le doute

Les sources des deux quotidiens indiquent que les inspecteurs de l'ONU étaient au courant de ces agissements, mais qu'ils n'étaient pas en mesure d'y répondre. Leur travail se révélerait en effet impossible s'ils devaient inspecter les maisons individuelles. Reste que la résolution 1441 donne pouvoir aux inspecteurs d'étendre leurs investigations au-delà des sites industriels et militaires et d'interroger des personnes susceptible de détenir des informations sur l'arsenal prohibé de l'Irak.

Le texte de la résolution exige en effet de l'Irak qu'il permette aux inspecteurs de l'ONU et de l'AIEA "d'accéder à tous les fonctionnaires et autres personnes" de leur choix, "selon des modalités ou dans des emplacements" de leur choix. Cette initiative a été inspirée par la somme d'informations que les Nations unies ont su tirer dans sa chasse à l'arsenal prohibé de Saddam Hussein, par le biais des officiels irakiens qui, entre 1991 et 1998, ont choisi de fuir le pays et d'entrer en contact avec des services spéciaux occidentaux. L'épisode le plus fructueux dans ce domaine a été la désertion en 1995 vers la Jordanie, puis les confessions détaillées, du gendre du président irakien, le général Hussein Kamel, chargé des programmes d'armements du pays.

Pour éviter d'éventuelles pressions en Irak sur les scientifiques qui choisiraient cette voie, la 1441 prévoit également que la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'ONU (COCOVINU) et l'AIEA pourront "à leur gré" mener des entretiens à l'étranger, et pourront "faciliter le voyage à l'étranger des personnes interrogées et des membres de leur famille".

"Les esprits et les armes"

Mardi à Bagdad, le chef de la mission de l'AIEA en Irak, le Français Jacques Baute, avait fait écho à cette préoccupation devant la presse. "Nous devons établir s'il existe un potentiel nucléaire, avait-il expliqué. Pour moi, cela comprend les esprits et les armes". L'affaire, affirme le Times, serait d'ailleurs suffisamment prise au sérieux pour que le président américain George W. Bush et le Premier ministre Tony Blair envisagent d'appeler personnellement les personnes impliquées à collaborer avec l'ONU. En espérant qu'au moins l'un d'eux aura le courage de briser du secret.

Par L.V. le 30 novembre 2002 à 16:26
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