Catastrophe du Prestige, désastre de la communication

Par AFP, le 26 novembre 2002 à 00h00 , mis à jour le 25 novembre 2002 à 18h07

Alors que s'est ouvert ce mardi le 15ème sommet franco-espagnol à Malaga, l'étrange gestion par le gouvernement espagnol de la catastrophe du Prestige est sous le feu des critiques.

La fin du Prestige © Manreo

Un chef du gouvernement absent du site de la pire catastrophe écologique des 10 dernières années en Espagne, un président de région parti en week-end de chasse, alors que la marée noire atteint les plages : la gestion du désastre du Prestige par les autorités a déchaîné les critiques. "Il n'est pas concevable que le président de la République française ait parlé plus fort et plus clair que le chef du gouvernement espagnol", a commenté lundi le porte-parole des nationalistes de Galice, Francisco Rodriguez. Référence à Jacques Chirac demandant dès mardi des "mesures draconiennes, sérieuses et sévères" au niveau européen contre les bateaux poubelle et les pavillons de complaisance.

Le même jour, alors que le Prestige, brisé en deux, s'abîmait en mer avec ses 60.000 tonnes de fioul lourd, le numéro deux du gouvernement, Mariano Rajoy, déclarait : "Les choses se sont raisonablement bien terminées". Quant à José Maria Aznar, il n'a toujours pas mis les pieds en Galice, douze jours après le début de la pire catastrophe écologique ayant touché l'Espagne depuis la marée noire de l'Aegean Sea, en 1992, au large de cette même région du nord-ouest de la péninsule.

Pas de "marée noire", un "déversement"

Communistes et nationalistes basques et galiciens lui ont demandé lundi de venir s'en expliquer au congrès des députés où l'opposition socialiste a demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire pour déterminer "par qui, comment et où" ont été prises les décisions sur la catastrophe, reflet selon le parti socialiste de "l'incompétence" du gouvernement qui a agi "tard et mal". Opinion partagée par une majorité d'Espagnols, selon un sondage de la radio Cadena Ser, qui montre aussi que José Maria Aznar n'a convaincu que 10 % d'entre eux lorsqu'il a désigné la colonie britannique de Gibraltar et le Royaume Uni comme premiers responsables du naufrage du Prestige.

La polémique se joue aussi sur les mots. "Nous ne sommes pas face à une marée noire", mais face à "un déversement très sérieux", affirmait lundi le ministre espagnol de la Pêche et de l'Agriculture, Miguel Arias Canete, lors de sa toute première visite en Galice depuis le naufrage du pétrolier libérien. "C'est une marée noire en bonne et due forme", a protesté Cristina Narbona, chargée de l'Environnement au Parti socialiste, en réponse à Mariano Rajoy qui lui aussi récusait cette dénomination.

Un président de région à la chasse

Le président de la région de Galice, Manuel Fraga, a lui aussi tenté de balayer d'un mot — "bobard" — des allégations de presse sur le week-end qu'il aurait passé à la chasse en Castille alors que la marée noire arrivait sur ses plages. Cadena Ser, à l'origine de ces informations, "a voulu me faire un cadeau d'anniversaire" a assuré le vieux cacique conservateur, 80 ans échus samedi dont 50 de vie politique du franquisme à la démocratie. Et d'expliquer, un peu laborieusement tout de même, qu'il avait passé l'après-midi de samedi à Madrid en conversation avec la secrétaire d'Etat à la Pêche — en l'occurence sa fille Carmen — puis qu'il avait rejoint dimanche des amis qui s'en allaient en week-end de chasse, mais qu'il les avait "laissés plantés là" pour s'en revenir en Galice.

Mais Cadena Ser revenait lundi à la charge, citant des documents officiels du gouvernement de Galice selon lesquels le président Fraga avait bel et bien chassé la perdrix dans la belle région d'Aranjuez, au sud de Madrid, en compagnie d'amis tels que le président de la Chambre de Commerce de Madrid, Fernando Fernandez Tapias. Lequel, disait Manuel Fraga dimanche, "est une personne qui s'y connait beaucoup en hydrocarbures". Peu convaincu par ses allégations, l'opposition socialiste a annoncé le dépôt d'une motion de censure contre M. Fraga au parlement de Galice, en raison de sa "gestion désastreuse" de l'affaire du Prestige.

Par AFP le 26 novembre 2002 à 00:00
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