"La droite serait heureuse si nous nous taisions"

Par Léonard VINCENT, le 08 novembre 2002 à 12h02 , mis à jour le 07 novembre 2002 à 12h15

Ancien conseiller de Yasser Arafat, Ahmed Tibi est aujourd'hui l'un des sept députés arabes de la Knesset. Interrogé par tf1.fr, il appelle les Arabes israéliens à participer au prochain scrutin et renouvelle sa demande de "partenariat civique" avec l'Etat hébreu.

Photo : Luke FRAZZA (AFP) © INTERNE

Ahmed Tibi a parfois de quoi se sentir seul. Ancien conseiller personnel de Yasser Arafat pour les affaires israéliennes, ce médecin de 44 ans né en Israël est aujourd'hui l'unique député du "Mouvement arabe pour le changement" au parlement de l'Etat hébreu. Lorsqu'il officiait dans l'entourage du président palestinien, il était l'un des contacts privilégiés permettant au gouvernement d'Israël et à l'OLP de communiquer, après l'instauration des accords d'Oslo. Lors des pourparlers de Wye River, en octobre 1998, il était apparu comme l'un des porte-parole du dirigeant palestinien, engagé dans de difficiles négociations avec le Premier ministre d'alors, Benyamin Netanyahou. Aujourd'hui, une grande partie de la classe politique israélienne n'a pas de mots assez durs envers lui, leurs accusations allant de "collaborateur" à "terroriste".

Alors qu'une campagne électorale décisive va prochainement s'ouvrir, tf1.fr lui a envoyé trois questions par email. Voici ses réponses.

tf1.fr — Comment définiriez-vous votre mission de député, dans cette période de dure confrontation entre Juifs et Arabes ? Estimez-vous avoir réussi à être fidèle à celle-ci au cours de votre mandat ?

Ahmed TIBI — Au sein de la Knesset, être un député arabe dans ce contexte d'affrontements entre Juifs et Arabes, entre Israéliens et Palestiniens, est un défi. Nous sommes considérés, nous les Arabes israéliens, comme des "ennemis", ce qui a mené à la mort de 13 d'entre nous, lors des manifestations d'octobre 2000. A l'époque, on nous a tiré dessus parce que nous étions arabes, et non parce que nous étions des manifestants ! Les députés arabes n'ont pas cessé d'être attaqués. J'ai personnellement été blessé trois fois en deux ans, par la police ou l'armée israélienne. Nous avons également été attaqués politiquement : mon immunité parlementaire a été levée et les membres de mon parti, ainsi que moi-même, sommes empêchés de nous rendre en territoire palestinien, à cause de mes seules opinions et déclarations. Et parce que je me suis rendu dans le camp de réfugiés de Jénine, à la veille des crimes de guerre commis par l'armée israélienne.

Je crois avoir bien travaillé, au sein de la Knesset, pour représenter mon peuple et les intérêts de mes électeurs. Je crois que mon parti, le Mouvement arabe pour le changement, et moi avons réussi à initier un processus de renaissance de la dignité nationale et à réclamer un partenariat civique à l'intérieur de l'Etat d'Israël. Il s'agit d'un processus graduel et nous nous trouvons au milieu du chemin.

tf1.fr — Seriez-vous prêt, et si oui à quelle condition, à soutenir le candidat du Parti travailliste et à appeler vos électeurs à voter pour lui ?

A.T. — Non, puisque les prochaines élections ne seront pas un scrutin direct, mais concerneront les partis. Nous sommes en compétition. Reste que je souhaite que le candidat le plus à gauche remporte les primaires au sein du Parti travailliste.

tf1.fr — Estimez-vous, comme lors du précédent scrutin en février 2001, que le boycott des urnes par les Arabes israéliens est à l'ordre du jour ?

A.T. — Absolument pas. A l'époque, le scrutin devait désigner un Premier ministre. Nous n'étions attirés ni par Barak ni par Sharon. Cette fois, nous appellerons nos électeurs à participer au scrutin. La droite serait très heureuse si nous nous taisions. Cela ne ferait que renforcer le processus visant à délégitimer les Arabes israéliens !

Sept députés arabes

Au sein de la Knesset, les élus issus de la communauté arabe israélienne sont au nombre de sept, certains étant les mandataires du parti communiste Hadash, d'autres les représentants de listes arabes disparates. Souvent violemment pris à partie par les députés de droite, ils n'en représentent pas moins une communauté de plus de 400.000 personnes à l'intérieur du territoire d'Israël et dont les voix, selon les analystes, ont cruellement fait défaut à Ehud Barak en février 2001, lorsque le dernier Premier ministre travailliste s'était présenté face au patron du Likoud, Ariel Sharon.

Par Léonard VINCENT le 08 novembre 2002 à 12:02
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