© INTERNELes uns préfèrent le maire de Haïfa Amram Mitzna, cet ancien officier quinquagénaire qui se fit connaître en s'opposant farouchement au général Ariel Sharon, son ministre de la Défense, qui agissait en franc-tireur au Liban et aida les phalangistes chrétiens à massacrer Sabra et Chatila. Les autres votent pour Benyamin Ben Eliezer, cet ancien militaire arabophone né en Irak et qui aime à se faire appeler "Fouad", l'homme qui a tenu Tsahal face à une droite irresponsable et qui n'a pas transigé face au chantage inhumain des terroristes palestiniens. Les derniers penchent pour l'éternel militant Haïm Ramon, cet ancien leader syndical issu de la base du parti, bon connaisseur des dossiers, gestionnaire intelligent de la question de Jérusalem face aux négociateurs palestiniens. Ce mardi, les travaillistes israéliens doivent choisir, entre ces trois hommes si différents, leur candidat au poste de Premier ministre pour les élections du 28 janvier prochain.
Une vision commune pour la gauche
Le choix est stratégique, certes, face à une droite triomphante. Reste que les travaillistes ont en commun, au moins, un certain regard sur la situation et la vocation de l'Etat d'Israël. Alors que le pays s'est peu à peu enfoncé dans une crise économique sans précédent, ayant poussé un Israélien sur cinq dans la pauvreté, la gauche voit dans la sale guerre que les Palestiniens leur livrent, et à laquelle leur armée ne répond souvent qu'en aggravant le cas, le principal boulet qui les entraîne par le fond.
Si la proclamation d'un Etat palestinien leur semble donc indispensable, des relations de réciprocité avec leurs voisins arabes, pour souhaitables qu'elles soient, leur semblent conditionnées à de longs efforts. Certes, le peuple de Palestine doit obtenir aussi vite que possible un Etat viable, homogène et souverain. Mais quasiment tous les travaillistes s'accordent à dire que celui-ci doit être démilitarisé et fondé de telle manière qu'il puisse garantir la sécurité d'Israël et sa perennité. Paralèllement, les Palestiniens devront, à leurs yeux, sortir de la culture morbide, mystique et agressive que cinquante ans d'errance psychologique et dix ans d'un régime ambigu et corrompu leur ont imposé. En attendant, le meilleur est pour eux le divorce pur et simple, chacun ayant sa vision du processus.
Amram Mitzna expliquait récemment sa vision des choses, s'il venait à gagner les élections de janvier. Concrètement, il s'agirait, pour les négociateurs israéliens et palestiniens, de parvenir rapidement à un règlement global sur la base des "Paramètres Clinton" de décembre 2000, suivi de son application intégrale. Ou, en cas d'échec, du démantèlement des colonies de la bande de Gaza, des colonies isolées de Cisjordanie, d'un retrait des zones autonomes et de l'instauration d'une frontière continue face aux terres arabes, laissant la nouvelle Palestine se développer aux côtés d'Israël, mais sans son concours.
Une mission cruciale
Mais les différences existent entre les trois hommes, en non des moindres. D'abord, dans la forme du leadership que chacun adoptera. Mitzna, fort de sa gestion populaire de la municipalité de Haïfa, est un homme pragmatique et droit, sa vision de l'Etat mêlant la sociale-démocratie à l'occidentale et un sionisme socialisant et fondé sur la coexistence pacifique. Ramon, lui, est adepte d'une gestion plus ferme de l'Etat d'Israël, résolument de gauche, appliquée à la réconciliation des classes en centrant davantage l'action gouvernementale sur l'intérêt social. Ben Eliezer, enfin, a fait la preuve qu'il était friand d'un exercice quasi-solitaire du pouvoir, endossant à lui seul des décisions parfois courageuses, telles l'expropriation récente de colonies illégales.
Reste que le parti de la gauche historique israélienne aura un nouveau visage ce soir. Chargé d'aller affronter le candidat que le Likoud se choisira à la fin du mois, le candidat travailliste se trouvera face à deux options aussi simples à décrire que titanesques à conduire. En cas de victoire, il devra gouverner l'Etat d'Israël, en des temps particulièrement critiques. En cas de défaite, il devra conduire l'opposition, face à un gouvernement qui se prévaudra de la sauvegarde de l'Etat, rien de moins.
Scrutin interne et sombres sondages |
Les 110.000 membres du mouvement de David Ben Gourion et Golda Meir, qui a gouverné Israël sans partage de la création de l'Etat en 1948 aux élections de 1977, ont à choisir mardi entre trois candidats. Si les derniers sondages donnent indiscutablement Amram Mitzna vainqueur, celui-ci devra recueillir au moins 40% des voix pour être désigné dès le premier tour. Dans le cas contraire, un second tour sera organisé début décembre. Ses rivaux, de leur côté, pourront compter leurs supporters, au terme d'une campagne interne parfois brutale, qui a vu s'affronter les partisans des uns et des autres, où les alliances et les revirements ont été durement marchandées, où aux piques des uns ont succédé les brusques attaques des autres. Les multiples appels au retrait de Haïm Ramon au profit d'Amram Mitzna sont ainsi restés vains. Selon les sondages, aux législatives anticipées du 28 janvier convoquées par Ariel Sharon, le Likoud devrait de son côté quasiment doubler le nombre de ses députés, tandis que le Parti travailliste devrait chuter lourdement. Le Likoud pourrait obtenir 34 à 35 sièges (sur 120), contre 19 actuellement, tandis que les travaillistes n'obtiendraient que 19 mandats, contre 25 actuellement. |
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