© INTERNELe pire cauchemar de Shimon Peres est en train de devenir réalité. Si l'ancien ministre des Affaires étrangères s'opposait farouchement à la sortie des travaillistes du gouvernement de l'Etat d'Israël, c'était, entre autres, pour éviter de voir son pays se crisper autour d'une extrême-droite belliqueuse. Or, le grand marchandage lancé dès mercredi par le Premier ministre Ariel Sharon pour constituer un nouveau gouvernement leur fait aujourd'hui la part belle, tout en engageant une partie de poker-menteur avec son principal rival, Benyamin Netanyahou.
Netanyahou, le meilleur ennemi
Deux inconnues continuent d'hypothéquer la formation d'une nouvelle équipe gouvernementale. En premier lieu, la proposition faite par Ariel Sharon à son rival du Likoud Benyamin Netanyahou de prendre la tête de la diplomatie n'a pas contribué à éclaircir la situation politique. "Bibi", après avoir consulté ses conseillers, a certes accepté l'offre, mais à la condition qu'Ariel Sharon convoque simultanément des élections législatives. Officiellement, il s'agit de doter le futur gouvernement d'une Knesset plus gouvernable, afin de sortir Israël d'une situation économique désastreuse, alors que selon des statistiques officielles publiées lundi, un Israélien sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, dont 531.000 enfants. Mais sans doute s'agit-il aussi se débarasser de la patate chaude afin de préserver ses chances pour concourrir au poste de Premier ministre, dans la perspective de primaires serrées au sein du Likoud.
Un proche du Premier ministre, le ministre de la Communication Reuven Rivlin, a toutefois fait savoir que les conditions avancées par Netanyahou étaient "incacceptables". "Il ne peut s'en tirer en disant oui et non en même temps", a-t-il déclaré, estimant en outre que le gouvernement pourrait tenir sans l'appui de "Bibi" jusqu'au mois de mai, les travaillistes ayant fait savoir qu'ils n'étaient pas pressés de voir convoquées des élections anticipées. De fait, des responsables du grand parti de la gauche historique et du parti de centre-droit laïque Shinouï se sont mis d'accord dans la matinée pour avancer le 11 mars 2003 comme date souhaitée pour un scrutin général. Mais, dans l'après-midi de lundi, Ariel Sharon aurait affirmé devant des cadres du Likoud que la demande d'élections anticipées formulée par Netanyahou était "irresponsable", selon Radio Israël.
L'extrême-droite marchande son soutien
Ensuite, l'appui de l'extrême-droite du Bloc Union nationale-Israël Beitenou est encore incertain. Son leader, l'ancien ministre des Infrastructures Avigdor Lieberman, a d'ailleurs fait savoir que si les députés de son mouvement étaient disposés à assurer un filet de sécurité à Ariel Sharon, de sorte que celui-ci puisse faire adopter le budget 2003, il n'était personnellement pas favorable à une participation gouvernementale. Interrogé par Radio Israël lundi matin, Lieberman a cité plusieurs points de désaccord avec Ariel Sharon, estimant que la participation de ses amis à un gouvernement ne saurait avoir lieu sans que la politique de ce gouvernement diffère du précédent. Ainsi, Union nationale-Israël Beitenou s'oppose-t-il à la "feuille de route" américaine actuellement à l'examen et à tout projet d'Etat palestinien. "Si le Premier ministre n'est pas disposé à changer la plate-forme politique du gouvernement, a expliqué Lieberman, pourquoi devrions-nous le rejoindre ?"
La seule condition acceptable, selon ce vieil ami de Netanyahou, serait l'assurance qu'après les élections, qui de toutes manières devraient se tenir d'ici la fin du mandat d'Ariel Sharon en octobre 2003, un gouvernement de coalition de la droite nationale serait reconduit. Lieberman ne cache d'ailleurs pas que sa préférence va à la convocation d'élections anticipées, que la droite et l'extrême-droite, en l'état actuel de l'opinion, semblent assurées de remporter.
La gauche minoritaire rue dans les brancards
Une autre tactique consiste à s'assurer le soutien de députés issus d'autres partis, non pas en marchandant leurs voix, mais en les intégrant au Likoud. Deux députés du parti du Centre ont ainsi fait défection dans la journée. Le Premier ministre a également dû faire face dans la journée à trois motions de censure, déposées par le parti de gauche Meretz, le parti de centre-droit laïque Shinouï et les députés arabes. Toutes trois ont été rejetées avec l'appui du parti Union nationale-Israël Beitenou, ce qui éloigne pour un temps la perspective d'élections anticipées. Le parlement a en outre avalisé la nomination de l'ancien chef d'état-major Shaul Mofaz au poste de ministre de la Défense, laissé vacant par la démission de Benyamin Ben Eliezer. Si Ariel Sharon était assuré de voir la Knesset approuver ses décisions, il a pu profiter de ces votes pour compter les voix dont il dispose, ce qui n'a rien d'évident dans le contexte de guerre d'intérêts qui prévaut aujourd'hui en Israël.
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