© INTERNEQuinze personnes au moins, dont trois Israéliens et neuf Kenyans, ont été tuées jeudi dans un attentat au véhicule piégé dans un hôtel de Kikambala beach, à une vingtaine de kilomètres au nord de Mombasa, sur la côte du Kenya. Cinq minutes auparavant, un avion charter israélien qui venait de décoller de Mombasa avait échappé de justesse au tir de missiles sol-air. Le bureau de l'agence Reuters à Beyrouth, capitale du Liban, a reçu jeudi en début d'après-midi un fax de revendication pour ces deux attentats, au nom d'un groupe jusque là inconnu, qui serait baptisé "Armée de la Palestine". Aucune vérification n'a pu pour l'instant être faite sur l'origine de ce message et sur l'authenticité de cette revendication
A Jérusalem, le ministère israélien des Affaires étrangères a fait état pour sa part de la mort de trois Israéliens, dont deux petites filles dans l'attentat contre l'hôtel. Les Kenyans victimes de l'explosion seraient des danseurs qui venaient d'accueillir le groupe de touriste dans le hall et des employés de l'hôtel. Environ 80 personnes ont en outre été blessées dans l'explosion, alors que les secours continuent de fouiller les décombres. Le bilan pourrait ainsi atteindre seize morts, a déclaré le commissaire provincial de Mombasa, Samuel Limo. "Nous essayons de déblayer le site, et nous craignons d'avoir des morts supplémentaires", a-t-il ajouté au téléphone, ajoutant qu'on n'avait pas encore retrouvé le directeur général de l'hôtel.
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D'autre part, plusieurs témoignages font état d'un petit avion qui aurait survolé l'hôtel peu après l'explosion et qui aurait laissé tomber de petites bombes, achevant de faire s'écrouler le toit du bâtiment.
Entre-temps, un charter a échappé à des tirs de missiles
Quelques minutes auparavant, un Boeing 757 charter de la compagnie israélienne Arkia qui venait de décoller de Mombasa avait échappé de justesse au tir de plusieurs missiles russes sol-air Strella. La police indique que, selon les premières informations, les missiles anti-aériens portables auraient été tirés depuis un 4x4 blanc, posté à deux kilomètres au nord de l'aéroport, depuis un terrain vague de la localité de Jomvu.
"Il y avait 261 passagers à bord, mais l'avion, qui venait de décoller de Mombasa, n'a pas été contraint d'atterrir et effectue son retour sur Tel-Aviv", a très vite expliqué la porte-parole de la compagnie. L'appareil, qui n'a pas été endommagé, a atterri sans encombres sur l'aéroport international David Ben-Gourion de Tel-Aviv en début d'après-midi.
L'un des passagers, Avi Farouj, 37 ans, a raconté à son arrivée en Israël qu'au milieu du décollage "nous avons entendu une explosion sur le côté gauche. Tout l'appareil a tremblé. Je ne sais pas comment le pilote a réussi à décoller, c'est incroyable." Dans un premier temps, l'équipage a expliqué aux passagers qu'il y avait eu un problème technique qui avait été résolu. Ce n'est qu'une heure plus tard que les passagers ont été informés des tirs de missiles, ce qui a provoqué un début de panique, vite apaisé par l'équipage.
De son côté, le commandant de bord a expliqué aux médias israéliens qu'il avait d'abord cru à une collision avec un oiseau. "Immédiatement après, a-t-il raconté, nous avons vu deux sillages de fumée blanche passant de l'arrière vers l'avant de l'appareil, sur notre gauche, et qui ont disparu au bout de quelques secondes." "Nous avons procédé à toutes les vérifications qui s'imposent pour s'assurer que tous les systèmes de l'appareil étaient en état de fonctionnement. Nous n'avons rien décelé d'anormal et avons averti la tour de contrôle de Mombasa que nous poursuivions notre route" a-t-il ajouté. "Par la suite nous avons établi le contact radio avec le centre des opérations d'Arkia à Ben Gourion auquel nous avons fait état de l'incident. Une demie heure après, ils nous ont rappelés et nous ont informés de ce qui s'était passé au sol à Mombasa" a-t-il poursuivi.
Soupçons sur al-Qaïda
L'attaque au missile et l'attentat à la voiture piégée constituent une attaque coordonnée, selon des sources proches de l'état-major militaire kenyan. Deux des trois kamikazes auraient été d'ores et déjà identifiés comme étant l'Egyptien Abdallah Ahmed Abdallah et un Kenyan, Fayed al-Hassan. A Jérusalem, l'ambassadeur du Kenya en Israël a très vite orienté ses soupçons vers al-Qaïda, la nébuleuse terroriste fondée par Oussama ben Laden, qui avait frappé l'ambassade américaine de Nairobi en 1998, tuant 213 personnes et en blessant 5.000. Des sources des services de renseignement israéliens citées par le quotidien Ha'aretz indiquent également, jeudi matin, que leurs soupçons se portent sur al-Qaïda ou un groupe qui lui est lié. Au total, onze attaques ou tentatives d'attaques ont été dénombrées depuis le 11 septembre 2001, le plus spectaculaire étant l'attentat contre la synagogue de la Ghriba, sur l'île tunisienne de Djerba.
De son côté, la police kenyane a annoncé en milieu de journée l'arrestation de deux personnes, sans autres précisions.
Le gouvernement israélien a immédiatement dépêché au Kenya un avion militaire, afin de rapatrier ses ressortissants présents dans l'hôtel, et une équipe médicale pour aider les secouristes kenyans. Les services de renseignement israéliens, le Mossad, a annoncé qu'il s'adjoindrait aux enquêteurs kenyans afin de faire la lumière sur la double attaque. De son côté, la compagnie aérienne israélienne El Al a décidé quelque temps après de suspendre jusqu'à nouvel ordre tous ses vols à partir de l'étranger vers l'aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Le cabinet de sécurité israélien, sous la présidence d'Ariel Sharon, a été convoqué pour étudier l'événement.
Jeudi matin, un journal iranien parlait d'un "nouveau front" |
Le journal conservateur iranien Kayhan avait appelé, dans son édition de jeudi, à "ouvrir un nouveau front" contre les Israéliens hors des territoires palestiniens pour qu'ils "ne se sentent plus en sécurité nulle part dans le monde", quelques heures après la double attaque au Kenya. "Après le succès foudroyant de l'Intifada contre les sionistes, de plus en plus de révolutionnaires musulmans sont arrivés à cette conclusion qu'il faut ouvrir un front hors de la Palestine occupée pour viser la sécurité des sionistes et de leurs protecteurs", écrit dans son éditorial de l'après-midi le directeur du journal Hossein Chahriatmadari. Le journaliste ajoute que "cette parole de Dieu vaut pour tous les musulmans et concerne les criminels sionistes et leurs protecteurs occidentaux: il faut les tuer tous et les expulser des endroits d'où ils vous ont expulsés". Le quotidien Kayhan, connu pour ses positions extrémistes, affirme à l'occasion de la journée internationale de al-Qods (Jérusalem en arabe) contre "l'occupation" israélienne vendredi en Iran, que "le régime sioniste n'a jamais été dans une telle impasse" en raison des opérations suicides. |
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