Ronald Reagan, l'acteur qui devint président

Par , le 05 juin 2004 à 00h00 , mis à jour le 31 juillet 2004 à 15h00

Le 40e président des Etats-Unis est décédé samedi à 93 ans des suites de la maladie d'Alzheimer. Longtemps acteur à Hollywood, il n'entra à la Maison Blanche qu'à 69 ans où ses deux mandats (1981-89) furent marqués par la lutte contre le communisme et une politique néo-libérale.

reagan chapeau © INTERNE

Au début des années 80, les téléspectateurs français avaient régulièrement l'occasion de découvrir les deux facettes de Ronald Reagan. Tout d'abord évidemment, dans les journaux d'actualité, celle de l'homme politique élu en novembre 1980 président des Etats-Unis d'Amérique. Mais aussi, pour les cinéphiles amateurs de "La Dernière Séance", celle de l'acteur de westerns. Avant de démarrer en politique (chez les Démocrates !), Ronald Reagan joua en effet entre 1937 et 1964 dans une cinquantaine de films, pour la plupart des séries B qui n'ont guère laissé de traces dans l'histoire du 7e art.


Le shérif Reagan
dans "Law and order", 1953-
AFP
Un lien unira Reagan-le comédien et Reagan-le politique : l'anti-communisme. Le premier, à la tête de l'Association des acteurs à partir de 1947, se trouve au cœur du débat sur l'importance prise par les "rouges" dans l'industrie cinématographique. Sa conviction sur l'infiltration du communisme dans les institutions américaines est ensuite à l'origine de son départ des Démocrates pour les Républicains en 1962. Après un dernier film, le second se lance définitivement dans une carrière politique où il fait de sa philosophie son principal cheval de bataille électoral. Son programme aux relents très conservateurs lui permet d'être élu gouverneur de Californie en 1966 -il est alors âgé de 55 ans- et en 1970.

"Reagan now"

Bio-express

1911 : naissance
1937 : premier film
1947 : élu président du "Screen Actors Guild"
1962 : quitte le Parti Démocrate pour entrer au Parti Républicain
1964 : dernier film
1966 : élu gouverneur de Californie
1970 : réélu gouverneur de Californie

1980 : élu président des Etats-Unis
1981 : entre à la Maison Blanche, échappe à un attentat
1984 : réélu président des Etats-Unis
1989 : quitte la Maison Blanche
2004 : décès

L'importance stratégique de la Californie et son aura personnelle lui donnent rapidement un destin national. Après avoir raté l'investiture républicaine en 1968 et 1976, il la décroche en 1980 pour affronter le président sortant Jimmy Carter. Muni d'un slogan très simple "Reagan Now" ("Reagan maintenant", que reprendra tel quel Jacques Chirac lors de la présidentielle française de 1981), sa campagne est facilitée par la mauvaise gestion par son adversaire de la prise d'otages à l'ambassade des Etats-Unis en Iran et une inflation galopante. Promettant de restaurer la force de l'Amérique à l'intérieur et à l'extérieur et de renouer avec les valeurs traditionnelles, il est largement élu.

Après une tentative d'attentat perpétrée par un fan de Jodie Foster deux mois après sa prise de fonction, la "Révolution Reagan" peut alors commencer. D'un point de vue économique, elle se traduit par un libéralisme exacerbé. La Maison Blanche coupe dans les dépenses publiques et diminue la fiscalité. Le résultat est à double tranchant : le chômage baisse mais la pauvreté augmente, malgré les années d'expansion, dans un pays où reviennent en force les fondements chrétiens.

Prompteur

Surtout, toujours dans l'optique de défaire le système communiste et non de le contenir, priorité est donnée aux dépenses militaires. Le budget de la Défense explose (notamment avec le projet de "Guerre des Etoiles" et l'installation de missiles Pershing en Europe de l'Ouest), l'armée intervient dans de nombreux conflits -Amérique centrale, Afghanistan, Philippines- pour maintenir ou restaurer des régimes souvent dictatoriaux défaits par les guérilleros communistes.


Attentat contre le président, 30 mars 1981
AFP-
Si cette politique agace sur la scène internationale, elle plaît aux Américains. Ils aiment notamment l'assurance de leur président lors de ses discours, sans savoir qu'il utilise un prompteur pour lire son texte (l'idée sera encore reprise par Jacques Chirac). Reagan est toujours au plus haut dans les sondages et ne fait qu'une bouchée de son concurrent démocrate en 1984. Son second mandat est essentiellement consacré aux relations bilatérales avec le Kremlin de Mikhaïl Gorbatchev et aux accords de désarmement. Il reste d'ailleurs pour beaucoup le vainqueur de la Guerre Froide. Le scandale de l'Irangate (les ventes d'armes secrètes à l'Iran en échange de la libération des otages du Liban) brise à peine sa popularité. Son vice-président, George Bush, lui doit ainsi en grande partie sa propre élection en 1988.

"Un grand Yankee"

Après avoir quitté la Maison Blanche en janvier 1989, Ronald Reagan se retire assez rapidement de la vie publique. Atteint de la maladie d'Alzheimer, il limitera ses interventions officielles au minimum. Time Magazine, pour résumer en une phrase sa présidence, choisira simplement de citer un étudiant chinois : "C'était un grand Yankee".

(photo d'ouverture afp : Ronald Reagan en 1987)

Par Fabrice Aubert le 05 juin 2004 à 00:00
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