Temps mort à Bethléem

Par Léonard VINCENT, le 24 décembre 2002 à 00h00 , mis à jour le 24 décembre 2002 à 20h08

Les soldats israéliens s'efforcent de rester discrets, à Bethléem, à l'occasion des fêtes de Noël. En Israël, la campagne électorale bat son plein, tandis que Yasser Arafat manoeuvre une opposition de plus en plus turbulente.

beethleem 23-12-02 © INTERNE

Les soldats israéliens en poste à Bethléem ont reçu comme consigne de se faire discrets à l'occasion des célébrations de Noël, alors que dans la région la situation politique observe un statu-quo précaire. Un homme, toutefois, est interdit de séjour en ville : le président palestinien Yasser Arafat, qui depuis son retour officiel en 1994 assistait tous les ans à la Messe de minuit.

Depuis la prise de contrôle par Israël de la Cisjordanie en 1967, les fêtes de Bethléem étaient l'occasion pour l'Etat hébreu de montrer sa volonté d'assurer une continuité sur la Terre sainte. Avant les accords d'Oslo, les gouverneurs militaires israéliens mettaient ainsi un point d'honneur à assister à la messe aux côtés des dignitaires locaux, de manière à afficher son souci des minorités. En déclarant Arafat persona non grata dans la ville de la Nativité, le gouvernement Sharon a donc refusé  d'offrir l'occasion d'un triomphe à peu de frais à un dirigeant qu'il considère comme non seulement complice du terrorisme, mais également incapable de parvenir à un accord de paix acceptable.

Les services de sécurité israéliens ont permis à des sociétés de bus palestiniennes d'acheminer les chrétiens de Cisjordanie, de la bande de Gaza et d'Israël vers Bethléem. "On ne peut ignorer qu'il ne s'agit pas d'un Noël ordinaire, c'est un Noël sous le feu", a toutefois fait valoir Ra'anan Gissin, porte-parole du gouvernement, en ajoutant que les services de sécurité israéliens recevaient quelque vingt alertes par semaine sur d'éventuelles attaques palestiniennes.

Pas de ministre opposé à un Etat palestinien

Paralèllement, et alors qu'approchent les échéances électorales, le climat politique en Israël oscille entre le sulfureux et le paradoxal. D'un côté le Likoud, grand parti de droite du Premier ministre Ariel Sharon, est empêtré dans un scandale qui lui a déjà fait perdre plus de cinq sièges dans les sondages (Lire notre article : "Scandale au Likoud") et qui tient une place de choix dans la presse.

En outre, un sourd combat fait rage au sein du Likoud, entre les "durs" menés par Benyamin Netanyahou et les fidèles d'Ariel Sharon, les premiers refusant catégoriquement l'instauration d'un quelconque Etat palestinien et le Premier ministre ayant clairement annoncé qu'il ne nommerait pas de ministre soutenant un tel refus. Car Ariel Sharon veut pouvoir, en cas de victoire aux législatives du 28 janvier prochain, menager une fenêtre d'opportunité à la "feuille de route" pour une future et hypothétique Palestine que le "Quartette" diplomatique Etats-Unis-ONU-Russie-Union européenne tente de faire accepter, non sans mal, aux Israéliens comme aux Palestiniens.

L'opposition palestinienne

De son côté, Yasser Arafat se débat face à une opposition dynamisée par les encouragements de la communauté internationale. Ainsi la semaine dernière a-t-il discrètement écarté l'universitaire Sari Nusseibeh de sa charge au sein de l'Autorité autonome, où ce professeur de philosophie gérait le dossier crucial de Jérusalem. Nusseibeh, connu pour ses positions et ses initiatives pacifistes, son opposition radicale à l'utilisation de la violence et ses contacts avec la gauche israélienne, évaluerait depuis la possibilité de se retirer de la vie politique. Cet intellectuel laïque avait élaboré un plan de paix plus tôt dans l'année avec un ancien dirigeant du Shin Beth, ce qui avait provoqué la colère de l'Autorité autonome, qui se voyait court-circuitée par ses éléments les plus avant-gardistes et les plus écoutés.

Pour expliquer cette décision brutale, de récents visiteurs affirment que Yasser Arafat a depuis quelque temps un "comportement étrange". Mais enfin, ces rumeurs révèlent surtout le mécontentement de la frange modérée des Palestiniens, face à un président qui ménage toujours les extrêmistes et son entourage direct. A leurs yeux, le report sine die des élections, annoncé officiellement dimanche, ne fait d'ailleurs que retarder la neutralisation du vieux dirigeant au profit de nouveaux leaders, plus à même de faire des concessions pour aboutir à une paix viable. Un changement que, de Paris à Pékin, et de Washington à Moscou, l'on qualifie de "réforme indispensable" et qu'Ariel Sharon a posé comme condition sine qua non pour la reprise des négociations.

Triple accord pour Noël

Selon un accord conclu avec le Patriarche grec orthodoxe Aristorchus, les Forces de défense israéliennes se tiennent loin de la Basilique de la Nativité de Bethléem et ne se postent pas ostensiblement sur la route reliant la Tombe de Rachel, aux lisières de la ville, et la place de la Mangeoire, au centre. L'accord stipule en outre que ces mesures d'apaisement, en vigueur les 24 et 25 décembre pour les fêtes du calendrier grégorien, le seront également les 6 et 7 janvier et les 18 et 20 janvier, qui marquent les fêtes de la Nativité dans les calendriers julien et arménien. Enfin, tout en ayant levé le couvre-feu dès ce week-end sur tout Bethléem, l'armée israélienne facilite le passage des pélerins chrétiens par la route reliant Jérusalem à la ville où, selon la tradition, serait né Jésus.

Par Léonard VINCENT le 24 décembre 2002 à 00:00
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