© INTERNE"La télévision le montra alors s'avançant, mains nues, vers les chebab qui lançaient des pierres sur ses hommes, pour leur parler." |
Donc, pour les travaillistes, l'espoir c'est lui, Amram Mitzna. Peu connu avant la campagne, certains se souvenaient pourtant de cet officier massif en charge des Forces de défense israéliennes pour la région Centre, lors de la première Intifada. La télévision le montra alors s'avançant, mains nues, vers les chebab qui lançaient des pierres sur ses hommes, pour leur parler. Le général Mitzna, qui arborait alors ses trente ans de carrière militaire, n'hésita pas à réprimer durement les foyers d'insurrection palestiniens et à se montrer intraitable face aux ratonnades lancées par quelques colons qui haïssent toujours ce "dangereux gauchiste".
Ce fils de kibboutznik ayant fui l'Allemagne nazie débarque à Haïfa à l'âge de huit ans. Entré dans l'armée, il participe à toutes les guerres livrées ou subies par l'Etat d'Israël. En 1982, commandant le front syrien au Liban, il critique l'attitude de franc-tireur de son ministre de la Défense, Ariel Sharon, estimant que l'opération "Paix en Galilée" est une erreur. Et lorsque Sharon minimise publiquement l'horreur des carnages commis à Sabra et Chatila par ses alliés chrétiens Elie Hobeika et Dib Anastase, Mitzna prend son supérieur de front et le pousse à la démission et à une dizaine d'années de silence.
Un plan pour la paix
Aujourd'hui, Amram Mitzna porte des lunettes, une barbe grisonnante et des chemises ouvertes. Il n'est pas homme à se masquer derrière des conseillers en communication ou une nuée de gardes du corps, bien que le Hamas l'eut placé en 1998 sur sa liste noire de personnalités à kidnapper. Entré récemment en politique, il était depuis 1993 le populaire maire de la cité balnéaire de Haïfa, sous l'autorité de son modèle Yitzhak Rabin. Sa gestion de la "capitale du nord" s'est révélée être celle d'un dirigeant pragmatique, discret et droit, sa vision de l'Etat mêlant une sociale-démocratie à l'occidentale et un sionisme socialisant et fondé sur la coexistence pacifique entre Juifs, Musulmans et Chrétiens.
Au cours de sa campagne électorale, outre l'échec total qui a poussé un Israélien sur cinq à la pauvreté et qui, paralèllement, a accordé de larges faveurs aux colons, c'est l'échec de la politique sécuritaire d'Ariel Sharon qui a été stigmatisé. S'agissant de la question palestinienne, il s'agirait pour les négociateurs de parvenir rapidement à un règlement global sur la base des "Paramètres Clinton" de décembre 2000, suivi de son application intégrale. Ou, en cas d'échec, du démantèlement des colonies de la bande de Gaza, des colonies isolées de Cisjordanie, d'un retrait des zones autonomes palestiniennes et de l'instauration d'une frontière continue face aux terres arabes, laissant la nouvelle Palestine se développer aux côtés d'Israël, mais sans son concours.
Le paradoxe d'une campagne constante
"Mais le paradoxe Mitzna est là. Sa constance, la fidélité à ses idées et à son projet envers et contre tout, ont été peu lisibles pour l'électorat." |
"Sharon conduit Israël au désastre", a résumé Mitzna, qui n'a rien cédé à la démagogie durant une campagne électorale difficile. Mais le paradoxe Mitzna est là. Sa constance, la fidélité à ses idées et à son projet envers et contre tout, ont été peu lisibles pour l'électorat. Amram Mitzna donne pourtant un visage clair à un Parti travailliste déboussolé par le fiasco d'Ehud Barak entre 1999 et 2001 et sa participation plus ou moins floue au gouvernement d'union nationale. Mais son inexpérience nationale, le côté provincial dont il se réclame, ajoutés aux querelles internes de son parti et à la campagne de carnages à répétition orchestrée par les terroristes palestiniens, ont largement contribué à rendre son discours inaudible.
Opposé à l'union nationale par refus de céder au chantage des religieux et des colons, ferme dans ses engagements pour une reprise immédiate des négociations de paix, il a mené une campagne qui n'a jamais pris de l'ampleur, rassuré des citoyens furieux contre leurs voisins arabes ou regagné le cœur des travailleurs. Amram Mitzna pourrait donc n'être le leader des travaillistes que pour une bien salutaire cure d'opposition.
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