Fischer à Rumsfeld : "Cool down"

Par AG, le 24 janvier 2003 à 12h27 , mis à jour le 24 janvier 2003 à 17h47

Le ministre allemand des Affaires étrangères a conseillé au Secrétaire d'Etat américain à la Défense de se calmer, après qu'il eut qualifié la France et l'Allemagne de "vieille Europe".

bonn afghanistan joschka fischer © INTERNE

L’expression fera certainement date. Jeudi soir, le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, a gentiment conseillé à Donald Rumsfeld de se calmer, tournant à la dérision les propos prononcés plus tôt par le secrétaire d'Etat américain à la Défense dans lesquels il qualifiait la France et l'Allemagne de "vieille Europe". Et de lui lancer en anglais : "Cool down (calme-toi). Nous sommes bons amis. Le seul différend est au sujet de l'Irak", lors de son arrivée à Istanbul, au début d'une tournée de quatre jours au Proche-Orient consacrée à la crise irakienne.

Depuis deux jours, les petites phrases sont ainsi allées bon train de part et d'autre de l'Atlantique, faisant monter la pression au sujet d'un éventuel conflit en Irak. Tout a commencé mercredi, à l'occasion du 40ème anniversaire du traité de l'Elysée, lorsque Gerhard Schroeder et Jacques Chirac ont rappelé que l'Allemagne et la France oeuvraient ensemble pour  tenter "jusqu'au bout" de faire prévaloir "une solution pacifique et négociée aux conflits". L'opposition affirmée de Berlin et Paris à une guerre dans l'immédiat contre l'Irak avait conduit M. Rumsfeld à les qualifier de "vieille Europe", en affirmant que le centre de gravité de l'Europe passait à l'Est, allusion aux sept pays d'Europe centrale et orientale qui viennent d'adhérer à l'Otan et qui  sont généralement pro-américains.

L'Allemagne et la France ont réitéré jeudi à Berlin leur opposition à une  guerre décidée de manière unilatérale par les Etats-Unis, le chancelier Gerhard  Schroeder répétant qu'il ne pouvait approuver "une légitimation de la guerre". Washington n'a pas semblé attacher trop d'importance à cette opposition  réitérée. Après la fureur provoquée par les propos du secrétaire à la Défense, le porte-parole de la Maison Blanche a tenu à préciser jeudi soir que la France restait une alliée des Etats-Unis, évoquant même la possibilité qu'elle ne participe pas à une coalition pour désarmer l'Irak par la force. Ari Fleischer a également affirmé que les tensions actuelles entre Washington, Paris et Berlin n'auraient "aucune" conséquence, et le secrétaire d'Etat Colin Powell est allé dans le même sens, se disant confiant que les divergences entre Washington et les deux capitales européennes pourraient être résolues dans les jours à venir.

Les réticences des opinions publiques

  • Selon un sondage réalisé pour le compte du Wall Street Journal et de la chaîne de télévision américaine NBC, 63% des Américains sont opposés à une intervention militaire contre l'Irak sans l'accord de l'ONU et davantage encore (73%) estiment que le président Bush, avant d'employer la force, devrait fournir des preuves que Bagdad possède bien des armes de destruction massive.
  • En Grande-Bretagne, 30% seulement de l'opinion publique est actuellement favorable à une intervention militaire, selon un sondage publié mardi.
  • Plus des trois quarts des Français (76 %) se disent "opposés" à une intervention militaire des Etats-Unis en Irak pour renverser le régime de Saddam Hussein, contre 66 % le 7 janvier, selon un sondage CSA pour Le Parisien/Aujourd'hui à paraître vendredi.

Par AG le 24 janvier 2003 à 12:27
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