© INTERNECertes, il ne reste plus que trois semaines avant l'ouverture des bureaux de vote en Israël. Mais la campagne électorale pour les élections législatives du 28 janvier a déjà pris forme, même si mardi démarrait la campagne radio-télévisée officielle, où les partis en lice ont eu l'occasion de prendre leurs dernières poses en vue de la bataille finale.
A droite comme à gauche, les états-majors ont ainsi eu affaire à un pays menacé depuis 50 ans, angoissé aujourd'hui et incertain pour l'avenir, chacun devant prendre des risques pour gagner les faveurs d'un électorat volatil, même si le Likoud du Premier ministre Ariel Sharon semble toujours favori. Et chacun a pu se rendre compte qu'en fin de compte, même si le pays traverse une grave crise sociale, les Israéliens sont plus préoccupés par les questions de sécurité que par les questions économiques.
La gauche ne profite pas du discrédit de la droite
De fait, les grands partis ont dû très vite abattre leurs cartes sur le sujet. Les travaillistes, mené par l'ancien général et maire de Haïfa Amram Mitzna, se sont bien sûr placés sous l'autorité du défunt Premier ministre et ancien général Yitzhak Rabin. S'ils comptaient dans un premier temps exploiter les scandales multiformes, mêlant corruption, achats de voix, détournements de fonds et alliances mafieuses, dans lesquels est empêtré le Likoud, le grand parti de la gauche historique a dû changer de tactique dès dimanche, après le terrible double attentat commis à Tel-Aviv par des terroristes palestiniens se réclamant du Fatah.
Outre l'échec total qui a poussé un Israélien sur cinq à la pauvreté et qui, paralèllement, a accordé de larges faveurs à des colons arrogants, c'est donc l'échec de la politique sécuritaire d'Ariel Sharon qui a été stigmatisé. L'une des cibles préférées des travaillistes a d'ailleurs été le quasi-abandon du "mur de protection" en chantier tout le long de la Cisjordanie, permettant la séparation des territoires d'Israël et des zones à peuplement arabe au profit, encore une fois, de la sécurité des colonies. Le projet travailliste prévoit en effet, à défaut d'une entente immédiate et globale avec l'Autorité autonome sur le statut final de la Palestine, une séparation unilatérale d'avec les Palestiniens et la construction de ce mur provisoire garantissant l'imperméabilité des terres d'Israël. "S'il y avait eu une clôture continue entre Beit She'an et Arad, a ainsi déploré Amram Mitzna, une majorité décisive d'attentats-suicide au cœur d'Israël aurait simplement été évitée."
De leur côté, les Likoudniks ont surtout ciblé leurs attaques sur l'inexpérience politique d'Amram Mitzna, profitant en outre de l'idée très répandue en Israël selon laquelle les Accords d'Oslo, loin d'avoir assuré la paix, ont surtout fourni des armes, une structure politique et une légitimité internationale à des Palestiniens qui n'ont pourtant jamais renoncé à la violence et à la destruction pure et simple de l'Etat hébreu. Simultanément, malgré les scandales, les électeurs de droite restent persuadés que les temps sont trop dangereux pour redonner sa chance à une gauche qui a fait la preuve de sa naïveté et de sa faiblesse.
Recentrage de l'électorat
Ainsi, crédités de 20 à 22 sièges dans la future Knesset, contre 26 dans le parlement sortant, les travaillistes n'ont pas profité de l'effondrement, tout relatif, du Likoud, sous les coups de boutoir des révélations de la presse. Il semble que les mouvements qui profitent du discrédit des travaillistes soient d'un côté le parti de la gauche pacifiste Meretz, qui, en l'état actuel de l'électorat, se maintiendrait autour de 9 ou 10 élus. Et d'un autre côté, la désaffection d'une partie de l'électorat Likoud semble profiter au parti laïc et libéral Shinouï, mené par le populaire journaliste et avocat Tommy Lapid, un personnage haut en couleurs et très anti-religieux, d'inspiration démocrate américaine. Le Shinouï pourrait ainsi rafler jusqu'à 14 sièges contre 6 auparavant, comblant le vide laissé par l'effondrement du Shas (11 prévus contre 17 actuellement), le parti sépharade ultra-religieux qui arbitrait ces dernières années les gouvernements d'union nationale.
Quoi qu'il en soit, même si le Likoud a effectivement perdu une dizaine de sièges dans les projections des instituts de sondage (31 la semaine dernière contre 41 il y a un mois), les scandales n'ont pas entamé le crédit d'Ariel Sharon. Le vieux général, héros de la Guerre des Six-Jours, a conservé l'aura de pilier de la nation, incarnant à lui seul, malgré un entourage plus ou moins crapuleux, la stabilité et la pérennité de l'Etat juif, malgré les années sombres de la sale guerre que livrent les terroristes arabes. Dans ce contexte, attaquer Amram Mitzna était facile. Et pour le situer sur l'échiquier politique, il était simple de le situer "à gauche, à gauche, à gauche, jusqu'à atteindre la mer". Par conséquent, les opposants de gauche d'Ariel Sharon ont eu beau répéter que, depuis deux ans, Israël s'est enfoncé dans la morosité sociale, que toutes les familles d'Israël, y compris arabes, chrétiennes et druzes, ont été touchées par le deuil et qu'un jour ou l'autre, pour que la guerre s'arrête, il faudra bien négocier avec l'ennemi.
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