Israël : panorama de la scène politique

Par Léonard VINCENT, le 24 janvier 2003 à 00h00 , mis à jour le 22 janvier 2003 à 16h32

Outre le Likoud, le parti travailliste et le Shinouï, la classe politique israélienne susceptible d'être représentée à la Knesset est animée par une douzaine d'autres partis, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, en passant par un mouvement prônant la légalisation du cannabis.

israel députés de la knesset debout dans les tribunes © INTERNE

Le Shas est un parti ultra-orthodoxe sépharade placé sous l'autorité du rabbin Ovadia Yosef et dirigé par Eli Yishai. Arbitre de toutes les coalitions gouvernementales, y compris celle, pourtant à majorité travailliste, d'Ehud Barak en 1999, ce parti disposant de 17 députés dans la Knesset sortante prône le renforcement de la législation religieuse et le gel de toute négociation avec les Palestiniens. Partisan d'une défense des colonies jusqu'à nouvel ordre, le Shas défend volontiers un programme économique populiste. Il semble être désormais en perte de vitesse.

Le Meretz, infatigable parti laïque et pacifiste dirigé par le journaliste et avocat Yossi Sarid, a accueilli ces derniers mois quelques figures de l'aile gauche des travaillistes, fatigués des incessantes compromissions avec la droite et en désaccord avec la ligne dure de l'ancien dirigeant et ministre de la Défense, Benyamin Ben Eliezer. Partisan du retrait de l'armée sur les lignes du 4 juin 1967 (Cisjordanie et bande de Gaza), de l'instauration d'un Etat palestinien dans ces frontières, moyennant quelques corrections, et du démantèlement des colonies, il s'oppose également à la législation religieuse. Ce parti d'inspiration sociale-démocrate dispose de 10 députés dans la Knesset sortante.

L'Union nationale, dirigée par l'ancien likoudnik Avigdor Lieberman, ne se cache pas d'être un parti d'extrême-droite, considérant les accords d'Oslo et l'établissement d'un Etat palestinien comme un "désastre" à éviter à tout prix. Uni dans une liste commune avec le Moledet, Yisraël Beteinou et Tekouma, Union nationale est ouvertement partisan du "Grand Israël", considérant que tout accord de paix ne servirait qu'à armer les Arabes.

Yisrael b'Aliyah a été fondé et est dirigé par l'ancien dissident soviétique Nathan Charansky. Habituellement placé au centre-droit, c'est le parti des immigrés russes. Socialement, il défend essentiellement les intérêts de la communauté russophone, quand, sur le plan diplomatique, il soutient l'idée d'un Etat pour les Palestiniens, seulement après que ceux-ci eussent adopté des règles démocratiques strictes, sous supervision internationale.

Le Parti national religieux dirigé par le virulent Effi Eitam est le principal soutien des colons, partisan du maintien de la législation religieuse de l'Etat. Violemment opposé aux accords d'Oslo et à toute création d'un Etat palestinien sur les terres du "Grand Israël", le PNR propose la construction de barrières autour des villes arabes, de manière à garantir la sécurité des colonies.

Le parti du Judaïsme unifié de la Torah se présente comme un mouvement de lobbying des orthodoxes au sein des arcanes du pouvoir, de manière à défendre leurs intérêts. La liste, dont la totalité du programme est rédigé par son leader Meir Porush, est partisan d'un style de vie traditionnel pour chaque Israélien.

Le Hérout est peut-être le parti le plus contesté de la scène politique, plusieurs de ses membres étant issus du mouvement raciste dissout du rabbin Meir Kahane, inspirateur, entre autres, de Ygal Amir, le meurtrier du Premier ministre travailliste Yitzhak Rabin. Dirigé par Michael Kleiner, un transfuge de Union nationale et seul député du mouvement, ce mouvement d'extrême-droite considère que les accords d'Oslo sont un crime idéologique et sécuritaire, et qu'ils ne font qu'encourager l'immigration arabe. Selon lui, le "Grand Israël" n'appartient qu'aux seuls Juifs. Economiquement, sa ligne politique est plutôt libérale.

Ale Yarok ("La Feuille verte"), dirigé par le jeune Boaz Wachtel, nouveau venu dans la classe politique israélienne, défend essentiellement la légalisation intégrale du cannabis. Lors du dernier scrutin législatif, il avait manqué de peu l'accession à la Knesset. Soutenant la division du territoire entre la Galilée et le Néguev, le Jourdain et la Méditerrannée en deux Etats négociés, le mouvement affirme que tout accord devrait être validé par referendum. En outre, il propose un certain nombre de mesures sociales inspirées par le mouvement associatif.

Yisrael Aheret se présente comme un mouvement laïque et apolitique d'inspiration libérale, partisan d'une solution négociée avec les Palestiniens, plus ou moins identique aux propositions des travaillistes. Dirigé par trois jeunes hommes, il se présente pour la première fois à la députation, sous la houlette de Boaz Nul. Il se dit partisan d'un "gouvernement sans politicien", formé, non de députés, mais de personnalités choisies selon leur talent.

Les partis arabes Balad (dirigé par le Dr. Azmi Bishara), Une Nation (dirigé par Amir Peretz, un ancien responsable syndical travailliste du Histadrout), Hadash Ta'al (dirigé par Mohammed Barakeh) et Liste arabe unifiée (dirigé par Abdulmalik Dehamshe) proposent peu ou prou la même chose. Il s'agit de laïciser Israël en un "pays pour tous les citoyens" où les Arabes et les Druzes obtiendraient un statut de "minorités" disposant d'une "autonomie culturelle", dans un partenariat civique avec les Juifs. Partisans de l'établissement d'un Etat palestien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, ils prônent le droit au retour des réfugiés palestiniens à l'étranger, dans une solution négociée. Une Nation, toutefois, est d'inspiration socialiste, prônant des aides sociales accrues et un bridage de l'économie de marché.

Par Léonard VINCENT le 24 janvier 2003 à 00:00
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