© INTERNELa journaliste, dont l'article sur le prophète Mahomet et Miss Monde avait déclenché des émeutes mortelles au Nigeria, en novembre 2002, craint de devoir rester cachée toute sa vie. Isioma Daniel ex-journaliste du quotidien nigerian, This Day, un journal basé à Lagos, a peur et l'a avoué samedi, en direct sur la BBC. Cette jeune femme nigériane de 21 ans, a pris le chemin de l'exil sous la pression d'une Fatwa émise par des organisations islamiques du nord de son pays. Pour ses détracteurs, elle n'a que ce qu'elle mérite. Selon eux, en critiquant les adversaires du concours Miss Monde au Nigéria, et surtout en écrivant que le prophète Mahomet ne se "serait pas plaint du concours, et aurait même choisi l'une des candidates pour se marier" elle a blasphémé, et donc mérite la mort. Le responsable de l'information de l'Etat de Zamfara, (celui qui a émis la Fatwa), Umar Dangaladima a ainsi affirmé qu'il est "obligatoire pour tous les musulmans, où qu'ils se trouvent, de considérer le meurtre de l'auteur de l'article comme un devoir religieux".
A défaut de pouvoir s'occuper de la journaliste, des éléments radicaux musulmans s'en prendront à leurs voisins, chrétiens, pour la plupart. Durant plusieurs jours, des émeutes feront rage, provoqueront la mort de près de 220 personnes, et plusieurs centaines de blessés. Les protagonistes de ces violences ont affirmé que la cause de leur colère, était l'article d'Isomia Daniel. Depuis, effrayé par l'ampleur des dégâts (y compris l'attaque de son bureau local), la direction de This Day a publié plusieurs rectificatifs demandant des excuses aux musulmans du pays, et annoncé la "démission" de la jeune femme.
"Je suis en colère contre ces fanatiques"
Loin de Lagos, Isomia Daniel a perdu son travail, a d'abord quitté sa maison, puis son pays. Samedi, très émue, elle a indiqué qu'elle se cachait désormais dans un pays inconnu, sans
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protection particulière. "C'est très difficile, car je ne suis pas avec ma famille, je n'ai pas d'amis, et je suis dans un endroit où je n'étais jamais allée auparavant". Elle a affirmé par ailleurs que son sentiment de culpabilité face à l'explosion de violence provoquée par son article, s'était rapidement transformé en colère contre les fanatiques, qui utilisaient un article de presse pour excuser le meurtre. Cette affaire qui envenime encore les rapports entre les états musulmans du nord, et chrétiens du sud, embarrasse la présidence. La mise en place progressive de la Charia, la loi coranique, dans les états du nord a placé une fois de plus le pays tout entier sous les feux des médias internationaux.
Les reportages sur ces scènes de guerre civile ont fait le tour du monde, et dégradé encore un peu plus, l'image déjà exécrable du Nigéria à l'étranger. Pour Isomia Daniel, le seul espoir pourrait venir du conseil suprême des affaires islamiques, qui a le pouvoir d'annuler la fatwa. La vie de la journaliste de Lagos est désormais entre les mains du puissant sultan du Sokoto, qui préside ce conseil.
Photos : Le quotidien de Lagos This Day / AFP
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