© INTERNESi les accords de Marcoussis sont accueillis avec une sorte de soulagement amer par les Ivoiriens, la prudence prévaut néanmoins quant à l'avenir. Des incertitudes pèsent encore sur l'application effective du texte commun élaboré durant dix jours par les délégués du gouvernement, des partis politiques et des mouvements rebelles, sous la supervision de la France. Les puissants antagonismes à l'œuvre dans le pays, les rivalités politiques, les rancoeurs et les plaies sont encores vifs et une simple plate-forme politique ne suffira pas à assurer l'avènement de la paix. Officiellement, toutefois, l'heure est à la satisfaction, à la veille de l'ouverture du sommet des chefs d'Etat africains qui doit entériner les accords. Mais personne ne verse dans l'euphorie.
Amertume et soulagement
Martin Bléou, notamment, président de la Ligue ivoirienne des droits de l'Homme (LIDHO), a affirmé vendredi matin qu'il était "optimiste", parce qu'il n'avait "pas le choix". La nécessité première, selon lui, c'est de garantir aux victimes des "violations massives" des droits de l'Homme que justice leur soit rendue. "En zone rebelle, a-t-il raconté à tf1.fr, tous ceux qui portaient l'uniforme, qui faisaient partie des corps constitués ou qui étaient soupçonnés d'être des partisans du gouvernement ont été froidement exécutés, parfois même égorgés. Et en zone gouvernementale, alors que le couvre-feu devait être garanti par l'armée, nous avons dénombré de nombreuses disparitions, suivies par des exécutions sommaires."
Lui-même a échappé in extremis à la mort, le jour du soulèvement, lorsque les rebelles de Bouaké l'ont capturé sur la route de Yamoussoukro et ont tenté d'organiser son exécution. Au terme de plusieurs heures, après que plusieurs hommes en armes eurent refusé de le fusiller sans autre explication, le chef local des rebelles a en fin de compte décidé de le libérer, officiellement parce qu'il "parlait bien".
"Je ne suis pas d'accord avec le processus, mais je suis pour la paix", s'est quant à lui contenté de rappeler le président de l'Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, qui avait claqué la porte de la table ronde de Marcoussis, en accusant le médiateur français Pierre Mazeaud de "faire un coup d'Etat constitutionnel" en faveur des rebelles. "En Afrique, regrettait ainsi vendredi Michel, un Baoulé résidant à Abidjan, il suffit de prendre les armes et vous pouvez être où vous voulez, même au gouvernement, si vous êtes soutenus (...) par un grand pays."
Campagne d'explications
Une campagne d'explications sera prochainement lancée par les responsables des divers mouvements rebelles, une initiative vraisemblablement nécessaire, vu le ton sur le terrain où dominaient méfiance et déception. "Je ne suis pas content", a ainsi réagi un responsable militaire du MPCI joint sur place, en apprenant que le chef de l'Etat restait en place. Selon lui, la participation des rebelles au gouvernement de transition "n'est pas suffisant". Affirmant craindre "des coups fourrés", il a indiqué ne faire "aucune confiance à Gbagbo" qui "ne respecte jamais ses engagements".
De son côté, le gouvernement Gbagbo, qui a toujours affirmé se battre contre des putschistes téléguidés par le Burkina-Faso et le Liberia, n'a pas officiellement réagi. Sauf par la voix d'un conseiller du président, qui a soupiré que la Côte d'Ivoire aurait "pu faire l'économie de cette sale guerre."
"Je suis très prudent quant à l'avenir, a encore affirmé à tf1.fr le juriste Martin Bléou, de passage à Paris. Mais je m'engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que les Ivoriens réapprennent à vivre ensemble." Ainsi a-t-il lancé l'idée d'une convention des ONG ivoiriennes, qui très bientôt s'efforcera, à Abidjan, d'élaborer un programme de réconciliation nationale. "Mais la paix, prévient-il, ce n'est la l'impunité. Ne pas punir les criminels, c'est nourrir les rancoeurs, instaurer la frustration et ignorer la justice. C'est faire germer une nouvelle implosion." C'est ainsi qu'il a dit à tf1.fr "regretter que les protagonistes de Marcoussis aient superbement ignoré la société civile". Désormais, la difficulté pour les défenseurs des droits de l'Homme comme lui, sera de faire accepter leurs propositions dans une société encore très meurtrie, sans se faire accuser d'être des facteurs de déstabilisation, alors que la Côte d'Ivoire se trouve dans un équilibre précaire.
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