© INTERNECréé il y a une vingtaine d'années, le Shinouï était à l'origine l'une des composantes du Meretz, le parti gauche laïque et pacifiste. Il avait déjà retrouvé un coup de jeune en remportant six sièges lors des dernières élections de 1999 sous la houlette de son chef, désormais apparenté au centre-droit, Yossef "Tommy" Lapid, 71 ans
(photo ci-dessus), une forte tête hâbleuse et farouchement libérale.Ex-journaliste vedette de la télévision, Tommy Lapid a crevé l'écran et bouleversé tous les pronostics en jouant des rancoeurs accumulées par les laïcs et les classes moyennes contre "les hommes en noir" des partis juifs religieux orthodoxes. Il leur reproche d'être "des parasites", parce que beaucoup se consacrent à l'étude la Torah au lieu de travailler et échappent aux obligations militaires ainsi qu'au fisc, tout en profitant des munificences de l'Etat et de privilèges exorbitants qu'ils ont arrachés en profitant de leur traditionnel rôle charnière dans les coalitions gouvernementales.
Bête noire des orthodoxes
L'homme, qui a le sens du spectacle, ponctue systématiquement ses "spots" au petit écran en fermant le poing et en s'exclamant "Yesh !" ("Ouais !"), acronyme hébraïque de son parti. Il doit lui aussi son irrésistible ascension au petit écran, "Popolitika", une émission de politique-variétés, ayant révélé au grand public ses talents de débatteur pugnace, son humour corrosif, ses emportements et ses références culturelles parfois incongrues. Il est naturellement devenu la bête noire des orthodoxes. "Je souhaite que Lapid ("Flambeau", en hébreu) se consume et se transforme en cendres", a ainsi déclaré le rabbin Shalom Cohen, un des dirigeants du parti orthodoxe Shass, son ennemi de prédilection. D'autres dignitaires du Shass n'ont pas hésité à qualifier Lapid d'"antisémite néo-nazi", oubliant que ce natif de Yougoslavie était un rescapé de la Shoah, immigré en Israël en 1948.
Le Shinouï ("changement" en hébreu) est d'abord apparu comme "une curiosité", un phénomène sans lendemain. Mais 27 mois d'Intifada, la crise économique, le chômage, la pauvreté et les scandales à répétition éclaboussant les grandes formations ont suscité le ras-le-bol des classes moyennes et amplifié la sympathie à son égard. "Le Shinouï est devenu le Mur des Lamentations où se rassemblent tous les mécontents du pays", a écrit dans un éditorial le grand quotidien Yédiot Aharonot, en comparant le parti au poujadisme de la France des années 1950.
Lapid ratisse large
Transformé en faiseur de rois, tandis que le Shass tomberait à 10 ou 12 députés, Lapid ratisse large. Il promet de légaliser le mariage civil, de supprimer les "coûteux" conseils religieux des collectivités locales assurant les services du culte, ainsi que les allocations aux familles nombreuses, qui profitent surtout aux juifs religieux et aux Arabes. Il s'engage, en outre, à abaisser les impôts et à favoriser les classes moyennes. Partisan des valeurs modernistes occidentales, il affirme que "le Proche-Orient est un environnement corrompu, paresseux et arriéré".
En ce qui concerne le conflit avec les Palestiniens, le Shinouï préconise la relance des négociations et un retrait des territoires occupés dans le cadre d'un accord répondant à un consensus national. Ni gauche, ni droite : Tommy Lapid est devenu le Messie des laïcs. Il a indiqué qu'il participerait uniquement à une coalition avec le Likoud et le parti travailliste d'Amram Mitzna. Celui-ci, qui ne parvient pas à décoller dans les sondages, a torpillé ce cas de figure d'une coalition laïque, sans précédent dans l'histoire d'Israël. "Ce sera lui [Sharon] ou nous", a affirmé le numéro un travailliste en lorgnant notamment sur les électeurs du Shinouï. "C'est pathétique", a cruellement commenté Lapid.
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