Gbagbo et "l'esprit" de Marcoussis

Par Franck LEFEBVRE, le 08 février 2003 à 07h00 , mis à jour le 08 février 2003 à 15h37

Dans un discours à la Nation, le président ivoirien a confirmé Seydou Diarra comme 1er ministre et accepté l'esprit des accords de Marcoussis comme "base de travail". Les rebelles souhaitent qu'il applique l'accord "à la lettre".

cote ivoire gbagbo tv © INTERNE

Célébrer "l'esprit" des accords de Marcoussis tout en les vidant d'une partie de leur substance : c'est à cet exercice que s'est livré vendredi le président Gbagbo. Au cours d’une intervention-fleuve à la télévision nationale, il a confirmé Seydou Diarra comme Premier ministre ; mais aux rebelles du MPCI qui affirmaient avoir reçu à Marcoussis les ministère de la Défense et de l’Intérieur, il a rappelé que les  portefeuilles n'étaient pas encore attribués. Et là où les accords prévoyaient de céder l’essentiel de l’exécutif au Premier ministre, Gbagbo a réaffirmé sa volonté d'assumer "toutes ses responsabilités". En gros, Marcoussis est "une base de travail". Une interprétation qui va à l'encontre des appels de la France et des rebelles enjoignant le président ivoirien d'appliquer Marcoussis à la lettre.

"Mon objectif est de rechercher la paix. Je ne peux donc pas dire que je rejette ce texte", a annoncé le président Gbagbo, tout en décrivant les accords comme un "texte de compromis". Ce compromis, si mauvais soit-il (Gbagbo est allé jusqu’à demander que l’on pardonne à ceux qui l'avaient signé) est, selon lui, le chemin nécessaire vers la paix. A condition qu'il "ne se substitue pas à la Constitution".

"Je  suis votre dernier rempart"

Car pour Gbagbo, "l’aspect le plus saillant, ce sont les parties où ce texte est en contradiction avec la Constitution". Et de citer un extrait du texte qui précise que "le Premier ministre est nommé jusqu’en 2005", quand la Constitution ivoirienne indique que le président nomme et révoque le Premier ministre à sa guise, sans limitation de date. "On a essayé de faire glisser notre régime présidentiel vers un régime parlementaire. Mais nous sommes un régime présidentiel (...) et j’entends prendre toutes les responsabilités qui sont contenues dans la Constitution", a assuré Gbagbo. Ainsi, tout en disant se soumettre à "l'esprit de Marcoussis", il a affirmé que "chaque fois qu’il y aura contradiction, j’appliquerai la constitution. Je  suis votre dernier rempart. La dernière signature, c'est toujours moi."

"Laissez Seydou Diarra former un gouvernement", a lancé le  chef de l'Etat ivoirien. Quant au "médicament" Marcoussis, "s’il nous guérit, tant mieux ; s’il ne nous guérit pas, nous en essaierons un autre".

Les rebelles ne transigeront pas

Ce dernier appel a été interprété comme un refus pur et simple par le représentant à Paris des rebelles du MPCI : "pour moi, il a tout rejeté. Il refuse de voir les accords de Marcoussis appliqués en l’état", a affirmé sur LCI Mohamadou Savane, délégué du MPCI.

"Il n'est pas question d'être (simplement) d'accord avec l'esprit des  accords, mais il faut être d'accord avec l'esprit (...) et les appliquer à la  lettre", a pour sa part déclaré le chef des opérations du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) Tuo Fozié. Le président Gbagbo "doit faire appliquer les accords sans délai". "Il doit se ressaisir", a poursuivi l'adjudant-chef Fozié.

Interrogé sur une éventuelle reprise des hostilités dans le cas contraire,  il a répondu : "On n'en est pas encore là". Les trois mouvements rebelles ivoiriens, réunis ensemble jeudi à Man, ont averti qu'ils n'admettraient plus "que d'ici la semaine prochaine les accords de Marcoussis ne soient pas à un début d'application". Ils n'ont toutefois ni donné de date butoir, ni précisé les mesures de  rétorsion qu'ils pourraient décider.

Photo d'ouverture : Laurent Gbagbo, vendredi soir, lors de son adresse à la nation - DR

Par Franck LEFEBVRE le 08 février 2003 à 07:00
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