© INTERNESes adversaires l'accusaient d'être un opportuniste ambitieux et versatile. Ses partisans voyaient en lui un réformiste pragmatique et courageux. Charismatique sans être populaire, brillant sans être exubérant, Zoran Djindjic a mené une carrière à l'image de la trajectoire de son pays : souvent contradictoire et parfois héroïque. Mais il fallait au moins reconnaître à ce jeune et charmant diplômé, père de deux enfants, au moins une vertu : la constance.
Des années à l'étranger
Car Zoran Djindjic s'est toujours opposé au modèle communiste "à la papa" dans lequel il a été élevé. Né en Bosnie en 1952, ce jeune Serbe s'est d'abord fait exclure de son lycée pour avoir recueilli des signatures protestant contre la désignation de Tito comme président à vie. Venu ensuite faire ses études à Belgrade, il fut jeté en prison pour avoir organisé un mouvement d'étudiants non communistes, crime de lèse-majesté dans la Yougoslavie des années 70.
Le meilleur était donc pour lui de quitter le pays. Il a par conséquent terminé ses études de philosophie en Allemagne, tout en animant une petite affaire de confection qui assurait les revenus de ce fils d'officier de l'armée yougoslave. Revenu en Serbie à la fin des années 80, il a fondé le Parti démocratique, dont il était encore le chef en tant que Premier ministre.
Meneur de meetings
Dès lors, il a orchestré la contestation anti-Milosevic, tout au long du processus d'éclatement de la Yougoslavie. Mais, dans un premier temps, ce n'était pas tant la politique de guerre que contesta ce libéral, héraut de la liberté de penser et d'entreprendre, que ses méthodes dictatoriales. Ainsi dans les premières années de la guerre se montra-t-il aux côtés du milicien Arkan ou du leader bosno-serbe Karadzic, avant de devenir leur pire ennemi. Car son credo démocratique s'est affirmé après que toutes les guerres eurent été perdues. Aiguillonné par ses amis politiciens occidentaux, il s'est alors allié avec les démocrates de droite et de gauche, dont le poète nationaliste Vuk Draskovic, pour faire vaciller le pouvoir.
Mais Zoran Djindjic n'était pas qu'un habile manœuvrier. Parvenu au sommet de l'Etat, il sut prendre des risques. Premier ministre depuis la chute de l'ancien régime, il a expédié Milosevic au TPI selon une procédure légalement limite et politiquement risquée. Leader politique décidé à restructurer la société serbe, il a affirmé son attachement à l'intégration européenne, dans un pays encore très casanier. Fidèle directeur de campagne du populaire Kostunica, il est devenu son rival politique principal.
Des sarcasmes et du courage
Certes, ses amitiés d'un jour et ses alliances hétéroclytes ont terni sa réputation. Paradoxalement, les Serbes se moquaient lorsque Zoran Djindjic affirmait que sa vie était en danger. Sa popularité avait d'ailleurs fortement pâti, après que, sur la foi d'informations affirmant qu'on projetait de l'assassiner, il se fut réfugié au Monténégro en 1999, pendant que les avions de l'OTAN bombardaient la Serbie et le Kosovo.
Il reste que son intransigeance face aux sbires de Milosevic, son entêtement à vouloir réformer le système judiciaire et sa lutte tenace contre les mafias lui ont attiré de nombreuses haines, plus dangereuses les unes que les autres. Dans la consternation générale, Zoran Djindjic est devenu la plus spectaculaire victime des assassinats politiques commis depuis dix ans dans une Serbie partagée entre modernisme et ultra-violence.
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