Mais que fait la diplomatie française ?

Par Léonard VINCENT, le 26 mars 2003 à 18h47 , mis à jour le 27 mars 2003 à 10h53

Très en pointe lorsqu'il s'agissait d'empêcher une guerre, la France a semblé avoir perdu de la voix dès que l'assaut a été lancé contre l'Irak. Or, ses efforts diplomatiques continuent, sur fond de serment de réconciliation.

Photo : Patrick KOVARIK (AFP) © INTERNE

Comme toujours, lorsque les diplomates se taisent, les armes parlent. Depuis que l'assaut a été lancé contre l'Irak, la France peut sembler étrangement silencieuse. Un mutisme singulier après plusieurs mois de guérilla diplomatique, où le drapeau tricolore est devenu l'oriflamme du refus de l'hégémonisme américain. Or, après avoir pris acte du déclenchement d'une guerre qu'elle n'a pu empêcher, la diplomatie française s'est très vite résolue à s'affirmer de nouveau dans le concert des nations. La tête basse, claironnent les uns. Prudemment, assurent les autres.

Il a fallu redire que, si la France allait bien sûr panser les plaies entre "alliés", l'avenir de l'Irak devait être mis entre les mains, ni des Etats-Unis, ni de l'Europe, mais de la seule ONU. Telle est la teneur du discours que Jacques Chirac a prononcé dès l'annonce du déclenchement de la guerre. Tel est le chantier auquel s'est attelé le Quai d'Orsay.

Pas de blanc-seing

De même, tel est le plus petit dénominateur commun sur lequel les Quinze ont pu se mettre d'accord lors du sommet de Bruxelles, aux premières heures du conflit. Mais l'exercice s'est révélé semé d'embûches. Tony Blair a ainsi expliqué que la France avait fait supprimer un paragraphe de la déclaration commune, lequel regrettait que "opportunité offerte à l'Irak par la résolution 1441 n'ait pas été saisie et qu'une solution pacifique à la crise irakienne n'ait pu être obtenue". Une justification a posteriori de l'entrée en guerre, selon Paris.

Dans la même veine, Jacques Chirac a posé les limites de la réconciliation interalliée, dès la fin du sommet. Contrant l'idée britannique de retourner devant l'ONU pour donner un cadre à la guerre en Irak, le président a martelé que "la France n'acceptera pas une résolution tendant à légitimer l'intervention militaire et à donner aux belligérants américains et britanniques les pouvoirs d'administration de l'Irak".

De fait, puisqu'il ne lui reste plus que cela, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est saisi de la question de l'aide humanitaire. Le Secrétaire général Kofi Annan a demandé aux onze membres de reprendre au plus vite le programme "Pétrole contre nourriture" suspendu depuis la semaine dernière, quitte à lui confier personnellement le pouvoir de le mettre en œuvre. Une initiative sans trop de contours soutenue par Paris et Londres, quitte à fâcher les "faucons" de Washington qui exigent de gérer l'administration civile et militaire irakienne, au moins dans un premier temps.

Tension permanente au Conseil de sécurité

Le Conseil tenait donc mercredi soir ses premières consultations depuis le déclenchement des hostilités, avec une Russie jamais en panne d'une vexation diplomatique. Après avoir "posé la question" aux services juridiques de l'ONU de la légalité de la guerre, Moscou exige désormais que Washington et Londres assument les responsabilités qui leur incombent pour soutenir les populations dans les zones qu'ils contrôlent. La Russie et les membres du Conseil qui la soutiennent estiment que la réactivation en l'état de "Pétrole contre nourriture" reviendrait à demander aux Irakiens d'utiliser leurs ressources en or noir pour financer l'invasion de leur pays.

Hasard de l'actualité, Dominique de Villepin doit prononcer jeudi au prestigieux International Institute for Strategic Studies de Londres une conférence prévue de longue date, qui pourrait bien être un nouveau programme de non-aligné. Le sujet est d'actualité : "Le Droit, la Force et la Justice".

Par Léonard VINCENT le 26 mars 2003 à 18:47
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