Pour Saddam, la guerre vient d'Israël

Par Léonard VINCENT, le 27 mars 2003 à 18h09 , mis à jour le 28 mars 2003 à 09h58

Saddam Hussein stigmatise certes les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Mais, dans l'indifférence générale, un pays revient sans cesse dans ses discours, comme s'il était le seul belligérant : Israël.

irak saddam hussein drapeau pourpre et soldat © INTERNE

Pour le régime irakien, la cause est entendue. Ce ne sont pas les Américains et les Britanniques qui leur font la guerre, ce sont les Juifs. D'ailleurs, Saddam Hussein et ses ministres n'en font pas mystère. "En ciblant l'Irak, expliquait récemment le chef de la diplomatie irakienne Naji Sabri, l'administration américaine agit au nom du sionisme." On peut légitimement se demander ce que l'Etat juif vient faire dans cette guerre. Mais cette vision de l'actualité semble surtout destinée à galvaniser les populations arabes, conformément à un vieux rêve de Saddam Hussein.

Un pan-islamisme très opportun

L'appel à l'union du monde arabe, initialement lancé dans les années 50 par le président égyptien Nasser, a en effet été mis au goût du jour. Abondamment repris par l'autoproclamé "Cheikh" Oussama ben Laden, un pan-islamisme lyrique domine aujourd'hui la rhétorique irakienne, Bagdad se voulant le fer de lance de la "résistance" de l'Islam, comme avant lui, l'Iran, les taliban puis al-Qaïda. En premier lieu, sans doute cette posture pan-islamique permet-elle à Bagdad d'étouffer les critiques à son encontre, dans un monde arabe éternellement divisé. Ensuite, elle lui permet de fédérer autour de sa "cause" bien au-delà de ses seuls sympathisants politiques, ce qui dans le contexte de l'après-11 septembre pourrait bien empoisonner un Occident soumis au feu du terrorisme islamique.

Si le parti Baas, dont le régime irakien est issu, est supposé charrier une doctrine laïque, Saddam Hussein a assis son pouvoir sur l'Islam, en faisant ajouter par exemple "Allah Akbar" au centre du drapeau irakien. En 1991, le raïs vaincu par les "Mongols des temps modernes" voulait ainsi entraîner les masses arabes dans sa revanche.

Au centre des préoccupations musulmanes

Et aujourd'hui, qui dit lutte de l'Islam dit, entre autres, lutte palestinienne. Certes, le conflit israélo-palestinien délivre chaque jour son lot de tragédies et le soutien inconditionnel que Washington apporte à Israël exacerbe l'amertume des musulmans. Mais ceux-ci voient dans cette crise un enjeu qui dépasse de beaucoup les frontières du Proche-Orient. Car au-delà du refus d'une Amérique protestante, consumériste et parfois égocentrique, le monde musulman cristallise sa colère autour de l'interminable conflit israélo-arabe, au centre duquel se trouve Al-Qods, la Jérusalem arabe, le troisième lieu saint de l'Islam. Si l'on ajoute à cette vision des choses une propagande parfois outrancière, tous les éléments d'une incompréhension totale entre deux mondes sont en place.

En conséquence, du point de vue de beaucoup de musulmans la guerre actuelle apparaît comme un double scandale. Comme l'Irak, disent-ils, Israël n'a jamais été sanctionné pour n'avoir pas obtempéré aux injonctions de l'ONU. Mais, plus que tout, la guerre contre l'Irak cacherait en outre un sinistre "complot" tirant un trait sur le "peuple héroïque de Palestine", comme le répète Saddam Hussein, qui subventionne grassement les kamikazes palestiniens depuis plusieurs années.

Encore la thèse du complot

Pour exposer cette thèse, le ministre irakien des Affaires étrangères s'est récemment livré à un difficile exercice en affirmant que le but de la guerre était, rien de moins que "d'anéantir le monde arabe en le transformant en mini-Etats dirigés par Ariel Sharon". Ainsi, le discours télévisé de Saddam Hussein, au premier jour du conflit, se terminait-il sur "Vive la Palestinie arabe, du fleuve à la mer". C'est à dire, tout simplement, la disparation de l'Etat d'Israël, vieille rengaine dont le monde arabe ne parvient pas à se débarasser. Avant la guerre, le numéro 2 irakien expliquait enfin que l'Irak se trouvait "devant un conflit décisif entre tous les infidèles sur terre représentés par l'Amérique et le sionisme d'une part et les forces de la foi, conduites par notre nation".

Opportunisme cynique ou conviction profonde ? Pour trancher, il faut sans doute ajouter au sens de la volte-face de Saddam Hussein l'irrationalité d'un dictateur qui a Staline pour modèle. Et qui se rêve depuis longtemps en martyr de la nation arabe.

Par Léonard VINCENT le 27 mars 2003 à 18:09
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