Qui espionnait le Conseil des ministres ?

Par L.V., le 19 mars 2003 à 12h09 , mis à jour le 19 mars 2003 à 17h51

Des micros ont été découverts par les services de sécurité belges dans l'immeuble où se tiennent les réunions des ministres européens à Bruxelles. Selon des sources diplomatiques, six pays, dont la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, étaient écoutés.

(c) Médiathèque Commission européenne © INTERNE

Un système d'écoutes avait été installé sur les lignes téléphoniques de plusieurs pays dans le bâtiment du Conseil des ministres européens. Le quotidien français Le Figaro, dans son édition de mercredi, affirme que, sur les installations clandestines découvertes dans l'immeuble Justius Lipsus (photo ci-dessus), "deux étaient activées, sur des lignes attribuées aux Français et aux Allemands". Interrogé par l'agence Reuters, le chef du service de presse du Conseil affirme toutefois que ces écoutes ne concernaient pas "uniquement la France et l'Allemagne", précisant que c'était "un peu plus vaste, mais ce n'est pas l'hémorragie".

Les écoutes ont été décelées le 28 février dernier lors d'une inspection de routine des services internes de sécurité, a indiqué un diplomate. Elles avaient été apparemment mises en place à partir du central  téléphonique du Conseil pour surveiller les lignes connectées dans les salles dont disposent chaque pays membre de l'UE à l'intérieur du bâtiment. C'est notamment là que se réunissent les dirigeants nationaux et leurs collaborateurs en marge des réunions des Quinze. Selon des sources diplomatiques, six pays au total ont été visés. La Grande-Bretagne et l'Espagne font également partie des délégations placées sur écoutes. L'Autriche et l'Italie complètent la liste évoquée par les mêmes diplomates, mais des sources proches de ces pays ont assuré qu'il n'en était rien.

A la veille d'un sommet

Si Le Figaro affirme également que les services de sécurité belges ont découvert que les poseurs de micros étaient Américains, le chef du service de presse a déclaré qu'à ce stade, il ignorait "qui était au bout de la ligne". Il est vrai, la présence parmi les pays espionnés de la Grande-Bretagne et de l'Espagne, fidèles alliées de Washington, rend moins probable la thèse d'écoutes qui auraient eu lieu pour le compte des Etats-Unis dans le cadre de la crise irakienne. Une enquête a été diligentée par l'institution européenne, ainsi que par les services de renseignements des pays écoutés.

L'affaire est révélée juste avant une rencontre au sommet des chefs d'Etat et de gouvernements de l'UE, qui doivent se retrouver jeudi et vendredi à Bruxelles dans une atmosphère marquée par leurs vives divisions sur la crise irakiennne. La France et l'Allemagne sont les chefs de file du "camp de la paix" qui continue de s'opposer à la stratégie des Américains, eux-mêmes fermement soutenus par les Britanniques et les Espagnols.

Le 2 mars dernier, l'Observer, un hebdomadaire dominical britannique, rapportait que les Etats-Unis se livraient à une campagne "agressive" d'écoutes téléphoniques auprès des délégations du Conseil de Sécurité de l'ONU, dans le cadre de leurs efforts pour rallier les indécis avant le vote sur une deuxième résolution concernant l'Irak. Selon l'Observer, cette opération, menée par l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA), consistait notamment à placer sur écoutes téléphoniques les délégués onusiens, chez eux et à leur bureau à New York, et à intercepter leurs courriers électroniques.

Photo : Médiathèque Commission européenne

Par L.V. le 19 mars 2003 à 12:09
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience