© INTERNEUne Serbie ethniquement pure, élargie aux deux tiers de la Croatie et de la Bosnie, absorbant la Voïvodine et le Kosovo, dirigé par un "Duc" autoritaire : tel était le rêve de Vojislav Seselj. Avec un tel projet, ce chef de milice en costume-cravate est arrivé derrière le président sortant Kostunica lors du dernier tour de scrutin présidentiel, le 8 décembre dernier, avec 36% des voix. Depuis sa prison, l'ancien président Slobodan Milosevic avait d'ailleurs appelé les Serbies à voter pour lui. Autant dire que Seselj, en Serbie, c'est quelqu'un.
Du reste, l'intéressé n'en fait pas mystère. Tonitruant, mégalomane, brutal, le leader de l'extrême-droite serbe affiche avec fierté ses états de service, revendiquant avec emphase un rôle politique important. Son curriculum-vitae n'est pourtant pas celui d'un brillant technocrate ou d'un animal politique ordinaire.
Un petit Soljenytsine des Balkans
Né en Herzégovine en 1954, Seselj est le plus jeune doctorant en Sciences politiques de la Yougoslavie titiste. Professeur assistant à Sarajevo en 1984, il est jeté en prison, après que la police eut débusqué chez lui un texte non-publié appelant au démantèlement de la fédération. Ironie de l'histoire : condamné à 8 ans de prison, il est libéré au bout d'un an et demi sous la pression de l'Occident, qui voyait en lui un petit Soljenytsine des Balkans.
C'est alors qu'il monte à Belgrade avec l'aide du cercle de Dobrica Cosic, l'éminence grise de la Grande Serbie, et du poète nationaliste Vuk Draskovic. Lorsqu'en 1990 la Yougoslavie commence à se désintégrer, Seselj fonde le Parti radical serbe (SRS). Ce parti d'extrême-droite, encore actif aujourd'hui, est le bras politique de ses "Tchetniks", milice tirant son nom des bandes armées serbes qui firent jadis le coup de feu contre les occupants nazis.
Dès lors, derrière son drapeau noir à tête de mort, sa formation politico-militaire, non contente de jouer les arbitres au parlement, opère des razzias en Croatie, en terrorisant Borovo Selo ou Vukovar, dont les massacreurs sont qualifiés de "libérateurs". Pendant ce temps-là, à Belgrade, Seselj se rend sur les plateaux de télévision, où il suggère dans un grand rire d'égorger les Croates avec des "cuillères rouillées" ou de faire sauter la centrale nucléaire slovène de Krsko.
Du champ de bataille au gouvernement
Haine des musulmans, des minorités, des Juifs, des Occidentaux, des homosexuels, des "traîtres" et de toutes sortes de "dégénérescences" : la réthorique de Seselj, dès lors, est fixée. La guerre de Bosnie ne fait que perpétuer son discours. Fin 1992, le SRS s'allie le nez pincé avec le parti de Milosevic pourtant honni, afin d'évincer le modéré Milan Panic du poste de Premier ministre fédéral. Cette alliance ne dure qu'un an, mais renaît en 1997, lorsque Seselj devient vice-Premier ministre de Serbie, après avoir manqué de peu de battre les nationaux-socialistes de Milosevic.
Ecarté du pouvoir lors de la chute de Milosevic, Seselj est toutefois resté maire de Zemun, cette banlieue de Belgrade où a germé le plus puissant groupe mafieux de Serbie, celui-là même qui a assassiné le Premier ministre réformiste Zoran Djindjic. Ce n'est pas un hasard, clame le ministre de l'Intérieur. Des proches de Djindjic ont même accusé Seselj, les héritiers de son alter-ego Arkan et le clan Milosevic d'avoir commandité le meurtre depuis La Haye. Or, la politique, selon Seselj, c'est aussi cela.
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