© INTERNESoumis au feu croisé du soupçon du public, des manipulations des armées et des horreurs de la guerre, les correspondants de presse ont commencé à payer un lourd tribut à la guerre en Irak. Trois morts, deux blessés et six disparus en treize jours de conflit : un bilan très lourd qui inquiète les rédactions et les organisations de défense de la liberté de la presse.
Le premier journaliste tombé au front est le correspondant de la chaîne britannique ITN Terry Lloyd, après que sa voiture arborant le sigle "TV" eut été "apparemment" pris sous le feu des troupes de la coalition américano-britannique près de Bassorah, le 22 mars. Depuis, un journaliste français qui l'accompagnait, Fred Nérac
, et son interprète, Hussein Othman, sont portés disparus. Le même jour, au Kurdistan, c'est un caméraman indépendant australien, Paul Moran (photo ci-dessus), qui a été tué dans un attentat à la voiture piégée. Le troisième journaliste mort est selon toutes probabilités accidentellement tombé du toit de son hôtel à Souleimaniyah.Comme les civils
"Nous sommes très préoccupés", expliquait lundi à tf1.fr Séverine Cazes, responsable du bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières (RSF), qui martèle depuis le déclenchement des hostilités que "les journalistes en zones de conflit bénéficient du même droit que les populations civiles". Or, depuis la semaine dernière, les témoignages se multiplient sur les graves problèmes que rencontrent en Irak les correspondants de guerre non "incorporés" dans les unités militaires. De nombreux reporters refont surface après plusieurs jours de disparition, selon qu'ils sont pris dans les combats, dans l'incapacité de contacter leur rédaction ou arrêtés et interrogés. "Pour eux, les conditions de travail et de sécurité sont le plus précaires", reconnaît d'ailleurs Séverine Cazes.
Mais les appels se heurtent manifestement aux "réalités du terrain", puisqu'à la fin de la semaine dernière, quatre journalistes portugais et israéliens auraient été "maltraités, battus et humiliés" par la police militaire américaine. D'autres subissent de très opportunes tracasseries administratives, prétextes à une expulsion rapide. Ainsi, sept journalistes italiens qui avaient disparu à Bassorah à la fin de la semaine dernière ont été "transférés" d'autorité dans un hôtel de Bagdad en attente d'expulsion. Deux reporters de Newsday dont on est sans nouvelles seraient en prison, quelque part dans la capitale. Un rédacteur britannique et un photogrape péruvien ont été expulsés pour cause de "visas expirés". Les autorités irakiennes ont d'ailleurs prévenu les correspondants à Bagdad que leur matériel pourrait être confisqué à la moindre incartade.
Si l'on parvient à passer entre les mailles du filet des combats, des polices, des pièges bureaucratiques, de la censure et des manipulateurs, encore faut-il avoir les moyens de travailler. Dans la capitale, le guide que le régime impose aux médias coûte 100 dollars par jour.
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