Y aura-t-il un cabinet Abou Mazen ?

Par Léonard VINCENT, le 20 avril 2003 à 15h25 , mis à jour le 20 avril 2003 à 16h00

Le Premier ministre palestinien désigné a menacé de démissionner à trois jours de l'expiration du délai pour former son gouvernement. Un conflit l'oppose à Yasser Arafat sur le choix du futur ministre de l'Intérieur.

Photo : Awad AWAD (AFP) © INTERNE

Dans les territoires palestiniens, les initiatives du nouveau Premier ministre réformateur Mahmoud Abbas, dit aussi "Abou Mazen", crispent les vieux piliers de la société palestinienne. Censé présenter son gouvernement d'ici à mercredi, le nouveau numéro 2 palestinien se heurte à la mauvaise volonté têtue du président Yasser Arafat qui l'a nommé à contrecœur et aux résistances d'un système gangréné.

Stupéfait par la corruption

Mahmoud Abbas a commencé par passer le plus clair de ses premières semaines de mandat dans la bande de Gaza, qui ne subit pas la réoccupation des Forces de défense israéliennes et où les institutions de l'Autorité autonome fonctionnent toujours. Stupéfait par le degré de corruption règnant dans les services de sécurité, l'institution du racket et de l'insubordination, le Premier ministre avait convenu avec le président palestinien de réformer l'ensemble de ces structures, qui le plus souvent se comportent en milices claniques. Or, Yasser Arafat entend conserver la haute main sur ces services.

Principal sujet de discorde : Mahmoud Abbas souhaiterait s'entourer d'hommes de confiance et de têtes nouvelles susceptibles de bousculer les tabous d'une société militarisée et meurtrie. Le nouveau Premier ministre, qui a les faveurs de l'ensemble de la communauté internationale, s'est à plusieurs reprises prononcé pour une "démilitarisation" de l'Intifada qui permettrait la reprise du dialogue avec Israël en vue d'un règlement politique. Selon son projet, les "Brigades des martyrs d'Al-Aqsa", groupe terroriste issu du Fatah, devraient déposer les armes.

Mais, outre qu'il s'est déjà fait imposer un Premier ministre, le président Arafat n'entend pas se laisser imposer la présence d'hommes qu'il a personnellement mis à la porte, comme le colonel Mohammed Dahlan, qui a certes les épaules pour affronter les factions armées, mais avec lequel il s'est violemment brouillé l'année dernière. Mahmoud Abbas, qui insiste pour le nommer ministre de l'Intérieur, a donc quitté samedi soir une réunion à Ramallah pour exprimer son mécontentement. S'il échoue à former son cabinet d'ici la date-limite, le président Arafat devra, selon la loi, désigner un candidat de substitution.

Après le gouvernement, les pourparlers

Sa nomination avait pourtant laissé naître quelques espoirs en vue de relancer les négociations avec les Israéliens. "Si Abou Mazen dispose de pouvoirs effectifs et entreprend de lutter contre le terrorisme et de faire respecter la loi et l'ordre, nous serons disposés à lever les barrages routiers, relâcher des prisonniers et transférer aux Palestiniens des fonds qui leur sont dûs", avait affirmé la semaine dernière un responsable israélien sous condition d'anonymat. Il avait ajouté que le Premier ministre Ariel Sharon, qui a jadis rencontré Mahmoud Abbas à plusieurs reprises, souhaitait le revoir après la formation de son cabinet.

Entre-temps, le président américain George W. Bush a annoncé qu'il publierait la "feuille de route", plan de paix international prévoyant la création d'un Etat palestinien d'ici 2005, immédiatement après l'investiture du nouveau palestinien gouvernement, qui décidemment se fait attendre.

Par Léonard VINCENT le 20 avril 2003 à 15:25
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