© INTERNEPour les Israéliens, accepter sur leur sol l'installation de plusieurs millions d'Arabes constituerait un suicide étatique, l'idée de foyer national juif perdant automatiquement toute substance, en même temps que les Juifs perdraient leur majorité.
De fait, le gouvernement Sharon n'en fait pas mystère : la question du droit au retour des réfugiés est peut-être la principale pierre d'achoppement des négociations israélo-palestiniennes. Aussi, après avoir approuvé dimanche le plan de paix international dit "feuille de route", le cabinet israélien a-t-il immédiatement adopté une motion excluant d'ores et déjà toute réinstallation des réfugiés. Objection qu'il a en outre officiellement formulée dans un document présentant les "14 réserves" d'Israël que les Etats-Unis se sont engagés à "prendre en compte" lors de la mise en application du plan de paix.
D'abord renoncer, discuter ensuite
Selon ces remarques, pour les Israéliens, l'Etat palestinien devra, entre autres, "proclamer formellement le droit d'Israël à exister en tant qu'Etat juif et le renoncement à tout 'droit au retour' des réfugiés des guerres de 1948 et 1967 dans leurs anciens foyers de ce qui constitue désormais l'Etat d'Israël (dans ses frontières d'avant la Guerre des Six-Jours)". Renoncez d'abord, dit en substance Ariel Sharon, nous discuterons après.
S'ils ont accepté par le passé de négocier des formules d'intégration pour une minorité de déplacés, ainsi qu'un dédommagement global versé aux autorités palestiniennes, les Israéliens refusent d'endosser la seule responsabilité de l'exode. Notamment, ils répètent que l'Etat juif n'est pas à l'origine du problème des réfugiés, qui serait d'avantage imputable au refus par les Arabes du plan de partage de la Palestine en 1947. Accorder le droit au retour des descendants des Palestiniens de 1948 reviendrait à saboter définitivement le caractère juif de l'Etat, fondement du sionisme. Certains Israéliens pensent du coup que l'entêtement arabe n'est que le masque faussement humaniste d'un vieux projet : éliminer l'Etat d'Israël.
Signe de ce soupçon : les Etats arabes ont paradoxalement refusé la résolution 194 de 1948, où le paragraphe 11 "décide qu'il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins". Alors que la Cisjordanie et Gaza allaient être occupés jusqu'en 1967 par la Jordanie et l'Egypte, ce texte vague ne garantissait pas de "droit au retour" stricto sensu, c'est à dire au sens où il l'entendaient.
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