Penser peut-être, mais voter oui

Par Léonard VINCENT, le 26 mai 2003 à 18h09 , mis à jour le 27 mai 2003 à 12h07

L'acceptation par Israël de la feuille de route a provoqué la colère de l'extrême-droite et d'une partie du Likoud. Si Ariel Sharon semble avoir sauvé son gouvernement, c'est au prix d'un exercice d'équilibrisme politique.

israel sharon approbation feuille route © INTERNE

Accepter la feuille de route vers la création d'un Etat palestinien est une chose, mais faire face à la crise politique qui en découle en est une autre. C'est l'amère leçon à laquelle Ariel Sharon a dû faire face lundi, alors qu'une partie de la droite s'inquiète ouvertement de l'avenir de l'Etat ou reconsidère carrément sa participation au gouvernement, au lendemain de l'approbation du plan de paix international.

Outre la colère attendue des ultra-religieux et des colons, le Premier ministre israélien a dû faire face à la fronde de cadres du Likoud. Déjà, lors de la mise aux voix, le Premier ministre avait vu quatre ministres s'abstenir. Notoirement défiants envers la création d'une Palestine souveraine, son rival et ministre des Finances Benyamin Netanyahou et la ministre de l'Education nationale Limor Livnat n'ont pas pris part au vote ainsi que deux autres collègues. Pire : d'autres poids lourds du Likoud se sont carrément joints au bloc du refus de l'extrême-droite. Au total, c'est avec une courte majorité de 12 "oui" francs sur 33 voix qu'Ariel Sharon a fait entériner sa décision.

La feuille de route ? Un "enfer"

Dans la foulée, lors d'une réunion des parlementaires du Likoud lundi, les invectives ont plu sur le chef de l'exécutif. L'ancien ministre David Levy a ainsi qualifié la feuille de route de "document contenant les pires choses auxquelles le gouvernement d'Israël ait eu à faire face". Le député Michael Ratzon, quant à lui, n'a pas fait dans la nuance, en la qualifiant "d'enfer".

"Maintenir 3,5 millions de Palestiniens sous occupation, s'est alors vigoureusement défendu Ariel Sharon, cela est terrible pour Israël, pour les Palestiniens et pour l'économie israélienne". "Ce n'est pas une décision heureuse, avait-il déjà fait valoir dès dimanche soir. (…) J'ai des doutes, moi aussi. Mais je sais une chose : nous devons essayer."

Franc-tireur comme d'habitude, l'ancien chef d'état-major Shaul Mofaz, aujourd'hui ministre de la Défense, a apaisé les craintes des uns et aiguisé celles des autres. Interrogé lundi par la radio de l'armée, il a indiqué qu'à ses yeux le document auquel il a donné sa voix n'était pas "un accord international", mais une simple "déclaration d'intentions diplomatiques". Ce qui a immédiatement soulevé les inquiétudes palestiniennes.

Un pari sur l'échec

Cela n'a pas empêché les formations religieuses et d'extrême-droite de s'interroger sur leur participation au gouvernement. Si trois députés du parti Union nationale ont appelé leurs deux ministres Avigdor Liebermann et Benny Elon à démissionner, ceux-ci ont fait valoir qu'une telle décision ouvrirait un boulevard à la gauche travailliste et donc à davantage de concessions aux Palestiniens. D'ailleurs, selon Avigdor Liebermann, étant donné que "les Palestiniens n'ont jamais respecté aucun accord, la feuille de route n'a aucune chance de fonctionner". Un calcul qui assure pour l'instant, dans une forte houle, la stabilité du cabinet Sharon.

Report de la rencontre Sharon-Abbas

La rencontre entre le chef du gouvernement israélien Ariel Sharon et le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas qui devait avoir lieu mercredi à Jérusalem a été reportée, ont indiqué mardi des responsables israéliens et palestiniens. Les deux parties se sont rejetées la responsabilité de ce report sans préciser une nouvelle date pour la rencontre. "La rencontre devait avoir lieu mercredi. Mais les Palestiniens nous ont contactés pour nous demander un report en raison d'un problème d'emploi du temps lié à la visite" d'un responsable étranger à Ramallah, a précisé un responsable israélien qui a requis l'anonymat. Un responsable palestinien a en revanche affirmé que l'entretien avait été reporté à la demande des Israéliens.

Par Léonard VINCENT le 26 mai 2003 à 18:09
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